Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/100

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l’honneur. Il gagna tout à fait mes bonnes grâces par le respect qu’il professait pour Clawbonny et pour tout ce qui en dépendait. Cette vénération était si profonde, que je commençai à croire que je ferais bien de lui laisser Clawbonny, si je venais à mourir sans enfants, ce qui n’était que trop probable, puisque Lucie ne pouvait pas être ma femme, et qu’il me semblait que je n’en aurais jamais d’autre. J’avais de plus proches parents que Jacques Wallingford ; quelques-uns même étaient en ce moment dans la maison ; mais ils ne descendaient point des Wallingford de mâle en mâle ; et j’étais certain que Miles Ier aurait pris les mêmes dispositions à l’égard de Clawbonny, s’il eût prévu les événements et que la loi l’eût permis. Et puis c’était le désir de Grace, et c’était une consolation pour moi d’accomplir ses moindres volontés.

L’enterrement n’eut lieu que le lendemain de l’arrivée de Jacques Wallingford, qui avait appris par hasard la mort de ma sœur, et qui était venu sans être invité pour assister aux obsèques. Je passai avec lui la plus grande partie de la soirée, et il me plut tellement que je le priai de marcher le lendemain auprès de moi dans le triste cortège. Je sus plus tard que cet arrangement avait profondément blessé quelques membres de la famille, qui étaient parents plus proches d’un degré, quoiqu’ils ne portassent pas le même nom. Nous voilà bien, nous querellant pour une misérable question d’amour-propre, sur le bord même d’un tombeau, qui devrait nous faire penser à l’éternité et à toutes ses terribles conséquences ! Heureusement, je n’en sus rien dans le moment, et Jacques fut le seul de mes parents que je vis ce soir-là ; encore le dut-il à ses manières libres et sans façon, qui lui faisaient faire assez généralement tout ce qui lui passait par la tête.

Je me levai assez tard le lendemain, et le cœur bien oppressé. C’était une des plus belles journées de la saison. Le cortège devait se former à dix heures, et je voyais déjà les nègres qui se rangeaient sur la pelouse, habillés de leur mieux, et la tristesse peinte sur la figure. Plusieurs voisins commençaient aussi à arriver, et je m’habillai en toute hâte pour ne pas me faire attendre.

Depuis la mort de ma sœur, je mangeais toujours seul dans mon petit cabinet, et je n’avais encore vu personne que mon tuteur, Lucie et Jacques Wallingford. Celui-ci avait soupé la veille avec moi ; mais il était alors à déjeuner avec le reste de la famille dans la