Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/103

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— Il suffit, Lucie. Je sais ce que j’ai promis ; ne craignez rien. Je préférerais ne pas le voir, mais je n’oublierai jamais qu’il est votre frère.

— Vous le verrez aussi peu que possible, Miles. — Merci, merci de tant de bonté.

Je sentis la douce chaleur d’un baiser que Lucie déposa à la hâte sur mon front en sortant. C’était en quelque sorte le sceau d’un contrat entre nous qui était beaucoup trop sacré pour que je songeasse jamais à le violer.

Je passe les détails du cortège funèbre. Il eut lieu dans l’ordre usité dans les campagnes, les amis suivant le corps dans des voitures ou à cheval, suivant les circonstances. Jacques Wallingford prit place à côté de moi, comme je l’en avais prié, et les autres personnes nous suivirent par rang d’âge ou de parenté. Je ne vis pas Rupert ; mais il est vrai que je ne vis guère que le corbillard qui portait le corps de ma sœur. Quand nous arrivâmes à l’entrée de l’église, les nègres de la famille se disputèrent l’honneur de porter le corps dans l’intérieur. M. Hardinge vint au-devant de nous, et alors commencèrent ces belles et touchantes prières qui manquent rarement leur effet, même sur les cœurs les plus endurcis. Le bon ministre avait le mérite immense de lire tous les offices de l’église comme il les sentait ; et, dans cette occasion, tous les sentiments de son âme semblaient se refléter dans sa voix. Je m’étonnai qu’il pût aller jusqu’au bout ; mais M. Hardinge était avant tout un serviteur des autels ; et quand il était dans la maison de son maître, il ne savait que se soumettre à sa volonté. Dans de pareilles circonstances, il semblait s’élever au-dessus des sentiments humains, et oublier la terre dans la ferveur de son zèle. Le courage de mon tuteur anima le mien ; je ne versai pas une larme pendant la cérémonie, et je me sentis soutenu par les pensées et les saintes espérances qu’elle était si propre à inspirer. Je crois que Lucie, qui était cachée dans un coin de l’église, ressentit la même influence ; car je distinguai sa douce voix au milieu de celles qui répondaient au ministre. Je ne saurais trop le répéter. Que ceux qui veulent substituer leurs inspirations mal digérées aux paroles sublimes de la liturgie se rangent autour d’un tombeau, et qu’ils écoutent ces déclamations adressées sous la forme d’entretiens au Tout-Puissant, ou bien les formules sacrées et vénérables qui nous sont prescrites ; et, la main sur la conscience, qu’ils disent en-