Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/104

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suite de quelle manière ils voudraient voir célébrer de préférence les obsèques de ce qu’ils ont de plus cher au monde.

Ce fut un moment terrible quand la première pelletée de terre tomba sur le cercueil. Dieu me donna la force de supporter cette angoisse ! je ne poussai pas un gémissement. Quand M. Hardinge offrit les remerciements d’usage à ceux qui étaient venus m’aider à ensevelir la défunte, j’eus même le courage de saluer les assistants et de m’éloigner d’un pas assez ferme. Il est vrai que Jacques Wallingford me prit très-affectueusement le bras pour me soutenir ; mais il ne me semblait pas que j’eusse besoin de support. J’entendis les sanglots des nègres, pendant qu’ils se pressaient autour de la fosse, qu’ils voulaient remplir eux-mêmes, comme si miss Grace ne pouvait reposer doucement qu’autant qu’ils se seraient acquittés eux-mêmes de ce soin ; et je sus qu’aucun d’eux ne s’était retiré avant que la place eût repris l’aspect frais et verdoyant qu’elle avait avant que la bêche y eût été enfoncée. Les mêmes roses, qui avaient été déplantées avec précaution, furent remises là où elles avaient fleuri ; et un étranger eût eu de la peine à découvrir l’endroit ou une nouvelle fosse avait été creusée auprès de celles du capitaine Miles Wallingford et de sa respectable veuve. Mais les habitants des environs ne s’y trompèrent pas, et pendant quinze grands jours bien des pèlerinages y furent entrepris, les jeunes filles des fermes voisines en particulier venant visiter la tombe de Grace Wallingford, le « lis de Clawbonny, » ainsi qu’on la surnommait quelquefois.