Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/153

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ainsi qu’un lieutenant, et la petite coquille de noix, s’élevant sur le sommet d’une vague, vint se ranger sous notre arrière. Debout sur le pont, j’examinais les nouveaux venus, pendant qu’ils luttaient contre la lame afin d’accrocher avec la gaffe la chaîne du grand hauban. Les matelots, comme ceux de presque tous les vaisseaux de guerre, avaient l’air actifs, robustes et soumis. L’aspirant était un jeune garçon très bien habillé, évidemment fils de bonne famille, mais le lieutenant était un de ces vieux loups de mer battus par le temps, qu’on ne voit à bord de canots que dans des occasions graves. C’était un homme de quarante ans, marqué de la petite vérole, aux traits durs et à la mine renfrognée. J’appris ensuite que c’était le fils d’un employé subalterne dans les chantiers de Portsmouth, et qu’il était parvenu jusqu’au grade de lieutenant, surtout grâce à l’activité qu’il déployait dans le service de la presse. Il s’appelait Sennit.

Marbre alla le recevoir au bord de l’échelle avec les civilités d’usage. Je m’amusai à observer l’entrevue de ces deux hommes, qui avaient beaucoup d’analogie entre eux. Tout pratiques, tout positifs, tout pleins du sentiment de leur importance comme marins, ils détestaient chacun le pays de l’autre le plus cordialement du monde. Mais Sennit savait distinguer un second d’un patron de navire ; et sans rendre à Marbre son salut, impertinence que Marbre ne lui pardonna pas de longtemps, il vint droit à moi, assez mécontent, à ce qu’il me parut, qu’un patron ne fût pas venu recevoir lui-même un lieutenant de la marine militaire.

— Votre serviteur, Monsieur, commença M. Sennit en daignant répondre à mon salut, votre serviteur. Il paraît que si nous avons le plaisir de vous voir, nous le devons à ce que le temps s’est éclairci.

Ce début n’était pas très-amical, et je n’hésitai pas à répondre sur le même ton :

— Rien n’est plus probable, Monsieur. Il me semble que vous n’avez pas eu beaucoup d’avantage sur nous tant qu’il a fait du brouillard.

— Oui, vous jouez admirablement à cache-cache, et il n’est pas facile de vous atteindre dans l’obscurité. Mais la frégate de Sa Majesté le Rapide ne se laissera pas jouer par un yankee.

— C’est ce qu’il paraît, Monsieur, puisque vous êtes ici.

— Quand on prend ainsi la fuite, on a ordinairement de bonnes raisons pour cela. Ce sont ces raisons que mon devoir est de recher-