Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/169

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


gnais en outre qu’il ne prît fantaisie à Sennit de faire rester tout le monde sur le pont pendant la nuit, à cause du voisinage de la terre. S’il adoptait ce parti, alors notre position était à peu près désespérée.

— Votre lieutenant semble aimer la bouteille, monsieur Wallingford, me dit Sennit avec enjouement, et dans le désir évident d’établir entre nous des relations encore plus amicales ; voilà dix minutes qu’il est à rôder autour de la cuisine, son pot d’étain à la main, comme une nouvelle recrue qui regrette le thé de « maman ».

Et Sennit, enchanté de cette saillie, se mit à rire. Je l’imitai, sachant bien que Marbre avait adopté cet expédient pour tâcher de parler au cuisinier.

— M. Marbre se met aisément en goguette, répondis-je d’une manière évasive.

— Eh bien ! à le voir, on ne le dirait pas. Il est difficile d’avoir plus complètement la mine d’un vrai loup de mer ; capitaine Wallingford — c’était la première fois que Sennit daignait me donner ce titre —, et c’est pour cela qu’il m’a plu dès le premier moment. J’espère que vous me ferez l’honneur de souper avec nous dans la chambre ; car, à la fumée qui sort de la cuisine, je vois qu’on ne nous fera pas attendre longtemps.

— Après les explications qui ont eu lieu, j’accepte volontiers, Monsieur. Je présume que mon second pourra m’accompagner, comme le vôtre sera aussi de la partie ?

— Sans doute. Vous voudrez bien permettre que M. Marbre remplace Diggins pendant une demi-heure, pour que le pauvre diable puisse manger un morceau. Ce sera à charge de revanche.

Cette demande fut présentée sur le ton de la plaisanterie, comme si Sennit sentait bien ce qu’elle avait d’insolite. Il était assez étrange, en effet, de prier un homme à qui on venait de prendre son bâtiment, d’aider à conduire ce bâtiment dans le port ; mais si c’était une raillerie, elle avait son bon côté, et je fus loin de m’en fâcher.

Neb ne tarda pas à venir annoncer que le souper était servi. Sennit n’avait fait qu’un assez mauvais dîner, à ce qu’il paraissait, et il semblait tout disposé à prendre sa revanche dans cette occasion. Il prit les devants en me disant de le suivre, et témoigna une grande satisfaction de voir que nous allions prendre notre repas ensemble. À strictement parler, les hommes qu’on avait mis sur notre bord