Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/17

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Neb nous appela au point du jour ; le vent était ouest-nord-ouest, mais la marée devenait favorable. J’étais si impatient de me débarrasser de mes hôtes ; que je pris aussitôt les dispositions nécessaires pour nous remettre en route. Le pilote déclara qu’il était tout prêt à se faufiler à travers les passes étroites qu’il nous restait à franchir, et, comme le Wallingford se distinguait surtout par la manière dont il tenait le plus près, je résolus d’en finir sur-le-champ, et, avant la fin de la marée, d’avoir atteint le but. Le sloop, il est vrai, tirait plus d’eau que les embarcations ordinaires qui remontaient cette partie du fleuve, mais il était léger, et il pouvait passer partout où les bâtiments d’Albany passaient quand ils étaient chargés. Ce n’était pas encore le moment des grandes entreprises publiques, et aucun navire, allant en mer, n’avait encore traversé l’Overslaugh, du moins à ma connaissance. Les temps ont bien changé depuis, mais il faut se rappeler que nous ne sommes encore qu’en 1803.

L’ancre ne fut pas plutôt levée qu’une grande activité régna à bord. La brise était forte, et le Wallingford eut occasion de briller au milieu des lourdes embarcations à fond plat de l’époque ; il y avait aussi des sinuosités du fleuve dans lesquelles le vent nous favorisait, et lorsque les dames reparurent sur le pont, nous étions au milieu des îles, gouvernant à travers les passes étroites avec autant de rapidité que d’adresse. Pour moi ainsi que pour Marbre, la scène était toute nouvelle ; et partagés entre l’activité que nos évolutions demandaient, et l’attention que réclamait la mobilité du paysage, nous avions peu de loisir pour nous occuper de nos passagers. Au moment où l’on annonça que le déjeuner était servi, nous approchions de la partie la plus difficile de notre excursion, et ce ne fut qu’à la dérobée et sans quitter le pont que nous pûmes manger un morceau, au milieu de nos bordées continuelles. Notre bonne fortune voulut toutefois que le vent se rangeât plus à l’ouest vers huit heures, et nous pûmes refouler le jusant qui commençait à se faire sentir ; ce qui me fit concevoir l’espoir d’achever notre passage sans être obligé de jeter l’ancre une seconde fois.

À la fin, nous atteignîmes l’overslaugh qui, suivant l’usage, était assez bien garni de bâtiments engravés. Le pilote sut nous faire passer au milieu d’eux, sinon littéralement pavillon déployé, ce qui eût été insulter à leur malheur, du moins avec un succès complet. Alors Albany s’offrit à nos regards, appuyée contre la colline escarpée