Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/18

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qui la domine, et s’étendant au loin dans les terres. La ville était loin d’avoir les proportions qu’elle a aujourd’hui ; il n’y avait guère que le quart des maisons actuelles, mais déjà elle offrait l’aspect le plus pittoresque. Et cependant on parlait à peine d’Albany ; une foule de villes étaient alors plus célèbres, quoique aucune ne pût lui être comparée pour la beauté de la position ; mais c’était une ville hollandaise ; par conséquent, libre à qui voulait d’en faire fi. Je crois vraiment que si elle était si peu en faveur, c’est à son manque d’origine anglo-saxonne qu’il fallait surtout l’attribuer.

Les quais étaient couverts de magasins d’où l’on entassait sur des sloops le blé destiné à nourrir les armées qui se battaient en Europe. Quoique la saison fût avancée, ce commerce couvrait toutes les voies de communication du pays, enrichissant les fermiers qui vendaient leurs denrées à des prix exorbitants. Et personne n’en était plus pauvre. Si le grain était plus cher, le prix des journées était plus élevé, et tout le monde y gagnait.

Il était encore de bonne heure quand le Wallingford se dirigea lentement vers l’endroit du quai où il devait mettre en panne. Devant nous était un sloop dont nous nous étions approchés graduellement depuis deux heures, mais que le peu de vent qu’il faisait ne nous avait pas permis encore de dépasser. L’air était si calme, le temps si agréable, que tous nos passagers, sans en excepter Grace, s’étaient réunis sur le pont pour jouir du coup d’œil de la ville. Je proposai à notre petite société de Clawbonny de faire une légère modification au programme primitif de notre excursion, et de mettre pied à terre, pour profiter de cette occasion de visiter la capitale politique de l’État. Grace et Lucie se montraient assez disposées à accueillir ma proposition ; et les Drewett étaient enchantés d’un arrangement qui leur permettait de rester un peu plus longtemps avec nous. Dans ce moment, le Wallingford, fidèle à ses bonnes habitudes, avait rejoint le sloop qui était devant nous, et il commençait déjà à le dépasser. J’étais occupé à donner quelques ordres, quand Lucie et Chloé, soutenant Grace chacune par un bras, passèrent devant moi pour regagner la chambre. Ma pauvre sœur était pâle comme la mort, et je remarquai qu’elle tremblait au point de pouvoir à peine se soutenir. Un regard expressif de Lucie me pria de ne point intervenir, et je pus prendre assez sur moi pour obéir. Je me retournai pour jeter un coup d’œil sur le sloop qui était près de nous, et j’eus aussitôt l’expli-