Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/215

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sance, le Rapide. Les huniers étaient partis ; le bout de la grande vergue avait été enlevé ; ses manœuvres basses étaient couvertes de débris. Sa misaine, son artimon, son foc et sa brigantine étaient dehors ; c’était à peu près toute la voilure qu’elle pouvait porter. À peine avions-nous eu le temps de jeter un coup d’œil sur le Rapide, que la coque sombre du Cerf parut à son tour. Cette frégate avait été rudement traitée. À vingt pieds au-dessus du pont, il ne restait littéralement rien que le mât de misaine ; encore la tête en avait-elle été enlevée presque jusqu’à la hune. Tout autour d’elle la mer était couverte de débris, et trois de ses embarcations étaient à la mer, repêchant les hommes qui se tenaient encore aux agrès qui les avaient entraînés dans leur chute. Elle était en panne à une encâblure du Rapide, et elle paraissait avoir grande envie de s’éloigner davantage, car elle n’eut pas plus tôt rembarqué ses canots, qu’elle laissa tomber sa misaine, et arriva vent arrière.

Ce fut en observant les mouvements du Cerf que nous découvrîmes la Désirée, qui exécutait la même manœuvre. Leur but commun était de se tenir à portée de se secourir l’un l’autre, et à la plus grande distance possible de leurs ennemis. Le pavillon tricolore flottait à l’extrémité de ce qui restait de leurs mâts. La Désirée n’était pourtant pas tout à fait en aussi mauvais état que sa conserve ; son mât de misaine et son grand mât étaient intacts ; mais le mât d’artimon avait été rasé à fleur du pont.

Le Prince-Noir fut le dernier à sortir du nuage de fumée. Tout y était à sa place, à partir des traversins de barre de hune et de perroquet jusqu’au pont. Les mâts de perroquet et de perruche étaient partis, et les débris étaient déjà enlevés, mais toutes les vergues des hunes étaient sur le ton ; et les agrès, les mâts, les hunes étaient couverts de matelots, ainsi que ceux du Rapide. C’était ce qui expliquait la cessation des hostilités ; les Anglais employant leur monde à maintenir leur mâture, tandis que les Français, en courant vent arrière, ne pouvaient tirer efficacement une seule bordée. Les canons de retraite d’une frégate étaient rarement employés alors, à cause de l’élancement de l’étrave. Il m’a toujours paru que les Espagnols construisaient les meilleurs bâtiments à ce point de vue ; les Anglais et les Américains, en particulier, semblent ne jamais calculer la possibilité d’une retraite. Et qu’on ne croie pas qu’en parlant ainsi des navires espagnols, je veuille insinuer que la nation espagnole