Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/272

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pays, et je ne vois pas trop pourquoi nous irions nous en mêler.

— Je me disais bien que vous penseriez ainsi, Miles, et pourtant il serait dur de se trouver au milieu d’un combat sans y prendre part ; je donnerais cent dollars pour être, à l’heure qu’il est, à bord de cette frégate française.

— Avez-vous donc tant d’envie de vous faire battre ?

— Je ne sais d’où cela provient, mais je ne saurais me faire à l’idée de prendre parti pour un John Bull.

— Il n’y a point de nécessité de prendre parti pour l’un ou pour l’autre ; et cependant nous ne pouvons oublier que ces gens-ci nous ont sauvé la vie, qu’ils nous font l’accueil le plus bienveillant, et que voilà trois mois que nous vivons à leurs dépens. Je suis charmé de voir que Neb cherche tous les moyens de se rendre utile.

— Oui, oui, vous verrez ce qui en résultera. M. Cléments, le premier lieutenant de cette frégate, est un malin compère : il flaire d’une lieue les bons matelots ; ou je me trompe fort, ou Neb aura grande peine à quitter ce bord avant la paix.

— Comment donc ! irait-on prétendre que ce nègre est un Anglais ?

— Tout est Anglais, les noirs comme les blancs, quand on a besoin de matelots ; toutefois, ne nous tourmentons pas d’avance ; nous saurons à quoi nous en tenir, dès que le bâtiment entrera au port. Mais, voyons, Miles, définitivement, comment devons-nous nous conduire pendant ce combat ? Il répugne à ma nature d’aider un Anglais ; et cependant un vieux loup de mer comme moi ne peut rester tranquille sous les écoutilles pendant qu’on brûle de la poudre sur le pont.

— Ce serait mal à nous de prendre aucune part à l’action, puisque la querelle ne nous concerne en rien ; mais nous pouvons trouver l’occasion de nous rendre utiles, ne fût-ce qu’en portant secours aux blessés. Je me rendrai sur le gaillard d’arrière, mais si vous m’en croyez, vous ne monterez qu’au premier pont. Quant à Neb, j’offrirai formellement ses services pour aider à descendre les blessés.

— Je vous comprends, nous nous enrôlerons tous les trois dans le service de santé ; à défaut d’un service plus actif, mieux vaut encore celui-là que rien. C’est égal, ce doit être terriblement agaçant de rester les bras croisés pendant un combat !

Nous continuâmes à causer quelque temps de la sorte, mais un coup de canon, parti du gaillard, nous avertit que la danse allait