Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/293

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nègre libre, m’apporta sa paie, et quand nous eûmes tout mis dans le même sac, il s’y trouva cent trente-deux dollars. Ce fut avec cet argent que nous nous dirigeâmes vers le nord, Marbre pour embrasser sa mère et la petite Kitty, Neb pour revoir Chloé, et moi pour aller trouver mon principal créancier Jacques Wallingford, et avoir des nouvelles de M. Hardinge et de Lucie.



CHAPITRE XXVI.


Vous croyez que je verserai des larmes ! Non, je n’en verserai pas. — Je n’en ai que trop sujet ; mais ce cœur se déchirera en lambeaux, avant qu’une seule larme tombe de mes yeux.
Le roi Lear.



Je ne dirai rien de la manière dont nous fîmes la route entre Philadelphie et New-York, ni du temps que nous y mîmes ; ce sont des histoires d’un autre âge, qui paraîtraient fabuleuses aujourd’hui ; rien que d’y penser, je me sens encore les os tout brisés. Enfin j’arrivai à South-Amboy, où je montai à bord d’un paquebot qui me débarqua près de Whitehall ; nous présidions au placement de nos bagages sur une charrette, quand quelqu’un me prit la main, et s’écria :

— Eh ! Dieu me pardonne, voilà le capitaine Wallingford ressuscité !

C’était le vieux Jared Jones, le meunier de Clawbonny ; je le croyais toujours en activité de service : mais le regard qu’il me jeta, les larmes qui s’échappaient malgré lui de ses yeux ; toutes ses manières, en un mot, m’annoncèrent qu’il avait dû se passer du nouveau. Mon air, plutôt que mes paroles, semblait demander une explication ; Jared me comprit, et, laissant Marbre et Neb escorter nos bagages au modeste hôtel où je comptais rester incognito jusqu’à ce que j’eusse eu le temps de me reconnaître, nous descendîmes ensemble du côté de la Batterie.

— Vous pouvez voir, Jared, que je ne reviens pas précisément dans l’état où j’étais parti ; mon bâtiment, ma cargaison sont perdus, et c’est un homme qui n’a plus rien qui revient au milieu de vous.