Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/299

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voulait pas écrire une seule ligne contre les Français ; il appartenait à cette classe très-nombreuse de propagateurs de nouvelles, qui regardent comme une partie importante de la mission qu’ils sont appelés à remplir, de ne dire, d’un fait quelconque, que ce qui peut favoriser les vues de leur parti. J’insistai d’autant plus vivement sur les griefs dont j’avais eu à me plaindre de la part des Français, que mon colonel montrait plus de répugnance à les rendre publics ; mais ce fut inutilement. Le lendemain matin, le Republican Freeman contenait une relation de l’affaire, rédigée au point de vue de ce journal indépendant ; on ne disait pas un mot du corsaire français, tandis que la conduite de la frégate anglaise était racontée tout au long, avec une foule d’embellissements que le colonel avait dû tirer de son magasin général, attendu que je n’y étais absolument pour rien.

Dès que je fus délivré de cette visite, qui fut considérablement abrégée quand on vit que je m’attaquais aux Français, je sortis avec Marbre pour aller faire un tour de promenade, comme nous l’avions projeté. Nous étions à peine au bout de la rue, que je sentis une main qui me frappait sur l’épaule, et, en me retournant, je vis un monsieur dont la figure m’était tout à fait inconnue, et qui était hors d’haleine d’avoir couru après moi.

— Pardon, Monsieur ; le garçon de l’hôtel où vous logez vient de me dire que vous êtes le capitaine Wallingford ?

J’inclinai la tête en signe d’assentiment.

— Vous excuserez, je l’espère, Monsieur, la liberté que je prends en faveur du motif. Je représente le public, qui est toujours pressé d’obtenir les renseignements les plus exacts sur tous les faits d’un intérêt général, et j’ai pris la confiance de me présenter moi-même — le colonel Positif, éditeur du journal fédéral le Truth Teller (le Véridique), journal auquel votre honoré père voulut bien s’abonner autrefois. — Nous venons d’apprendre les atrocités commises envers vous par ces pillards, ces vagabonds, ces jacobins français ; atrocités qui sont de nature à éveiller l’indignation de tout Américain bien pensant, et qui ne peuvent trouver de défenseurs que dans cette classe d’hommes qui, ne possédant rien, ne manquent jamais de manifester leur sympathie pour les succès du Grand Brigand, quoique ces succès soient autant d’empiétements sur nos droits, autant d’atteintes portées à la propriété des États-Unis.