Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/338

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lui dis-je à l’oreille ; mais maintenant que nous l’habitons ensemble, nous ne serons pas pressés de la quitter.

Ces paroles étaient dites dans un charmant tête-à-tête que je me ménageai avec Lucie dans « la chambre de famille, » qui avait été témoin de scènes si diverses, et d’un intérêt si grave et si doux à la fois.

— Asseyons-nous un moment ici, Miles, me dit-elle en souriant, et causons un peu d’affaires de famille ; le lieu est on ne peut mieux choisi, il me semble. C’est peut-être s’y prendre de bonne heure ; mais nous sommes de vieilles connaissances ; nous n’avons pas besoin de temps pour étudier le fort et le faible de nos caractères, et il vaut mieux régler sur-le-champ nos petites affaires. Je pense tout à fait comme vous que nous ne devons jamais quitter Clawbonny, ce cher, ce délicieux Clawbonny, où notre enfance s’est écoulée avec tant de charmes, où Grace semble nous sourire encore. Sans doute la maison de campagne que j’ai héritée de mistress Bradford est d’un goût plus moderne ; mais elle ne saurait jamais nous être aussi chère. C’est à ce sujet que je désirais vous parler, mon ami. Si j’ai différé jusqu’à cet instant, c’est que je voulais attendre que vous eussiez comme mari un droit de contrôle absolu sur mes désirs comme sur mes actions. Riversedge, — c’était le nom de la propriété de mistress Bradfort — est une résidence agréable ; elle est meublée convenablement. J’ai pensé que Rupert et Émilie pourraient aller l’habiter.

— Croyez-vous, ma chère, que Rupert puisse avoir une maison de ville et une maison de campagne ?

— C’est parce que je suis convaincue qu’il sera bientôt obligé de se défaire de sa maison de Broadway-Street que je voudrais lui ménager cet asile. Quand viendra-t-il, ce moment fatal ? C’est ce que vous savez mieux que moi, Miles. Lorsque j’aurai été votre femme une douzaine d’années, peut-être me jugerez-vous digne alors de savoir le secret de l’argent qu’il possède en ce moment.

Ces mots, dits d’un ton de plaisanterie, semblaient cacher néanmoins une certaine angoisse. Je réfléchis aux conditions de mon secret. Grace voulait en dérober la connaissance à Lucie, dans la crainte que son amie, dont elle connaissait les sentiments nobles et élevés, n’employât, son influence sur Rupert pour l’empêcher d’accepter. Et puis, elle ne pensait pas que Lucie deviendrait jamais ma femme ; les circonstances étaient changées, il n’y avait plus de