Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/36

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était depuis longtemps dans la famille. Le fait est que Marbre, remué profondément par cet appel imprévu fait aux sentiments les plus tendres de son cœur, et honteux d’y céder, se roidissait contre son émotion de toutes ses forces. Je voyais qu’il était content de sa mère, tandis qu’il n’était guère content de lui-même ; et lorsque toutes les explications furent terminées, que la mère eut donné un libre cours à ses larmes et béni son enfant, pour donner à Marbre le temps de se remettre, — car je voyais qu’il étouffait, — je lui dis d’aller jeter un coup d œil sur le canot, et je restai seul avec mistress Wetmore.

Je profitai de cette occasion pour lui expliquer mes rapports avec Marbre, et lui tracer en peu de mots l’historique de sa vie et de son caractère, laissant dans l’ombre les côtés faibles et faisant ressortir au contraire les parties brillantes. Je la tranquillisai en même temps au sujet de la ferme ; puisque, en mettant les choses au pire, son fils avait deux fois plus d’argent qu’il n’en fallait pour la dégager.

— C’est pour lui que la dette a été contractée, ma chère mistress Wetmore, et il sera heureux de l’acquitter. C’est ce que je l’engagerai à faire sans plus attendre. Si jamais la quittance se retrouve, il faudra bien que ce Van Tassel rende gorge ; car quoique la loi ferme les yeux sur bien des griefs, celui-ci est trop criant pour ne pas être redresse, pourvu que vous puissiez être en règle. Je chargerai Moïse…

— Son nom est Oloff, ou Olivier, interrompit vivement la vieille dame ; c’était le nom de mon père, et je le lui donnai en le faisant baptiser, avant de le confier à la nourrice, dans l’espoir que son grand-père pourrait le voir d’un œil plus favorable, quand il viendrait à apprendre mon mariage. Oloff Van Duzer Wetmore est son vrai nom.

Je ne pris m’empêcher de sourire en me figurant Marbre naviguant sous cette kyrielle de dénominations formidables, et j’allais proposer un compromis, quand mon ami rentra. Marbre avait repris son sang-froid pendant la demi-heure qu’avait duré son absence ; et je vis au regard bienveillant qu’il jeta sur sa mère, qui le lui rendit avec le plus tendre empressement, que les choses allaient aussi bien que je pouvais le désirer ; et pour éviter qu’un nouvel accès de sensibilité ne fit renaître l’embarras qu’ils avaient éprouvé auparavant, je repris la conversation.

— Nous parlions de votre vrai nom, Moïse, au moment où vous