Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/44

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rapport à mistress Wetmore, à sa ferme, ou à l’hypothèque dont elle est frappée ?

— Oui, Monsieur, et je suis le fils de cette mistress Wetmore, — son fils, Monsieur, son fils unique à cette bonne chère âme.

— Le fils de mistress Wetmore ! s’écria Van Tassel en cachant mal sa surprise et son inquiétude. Je savais bien qu’elle avait eu un fils ; mais j’ai toujours entendu dire qu’il avait été impossible de le découvrir. Je ne vois pas, Monsieur, que vous ressembliez en aucune manière ni à George Wetmore, ni à Catherine Van Duzer.

Cette allégation n’était pas exacte. Ceux qui avaient connu George déclarèrent ensuite que Moïse lui ressemblait beaucoup ; et quant à moi, je retrouvais quelque chose de l’expression de la figure de sa mère dans la bouche et dans quelques-uns des traits de mon lieutenant. J’avoue que, si je n’avais pas eu connaissance des liens qui les unissaient, je ne l’aurais pas remarqué ; mais, une fois qu’on était instruit de cette circonstance, il était difficile de ne pas en être frappé.

— Je ne leur ressemble pas ! répéta Marbre du ton d’un homme qui est prêt à chercher querelle à la moindre provocation ; et comment voulez-vous que je ressemble à quelqu’un, après la vie que j’ai menée ? D’abord je fus éloigné de ma mère dix jours après ma naissance ; puis, déposé sur une pierre tumulaire par voie d’encouragement ; après quoi on m’envoya aux Enfants-Trouvés. À dix ans, je prends mes jambes à mon cou, et je m’embarque : je suis successivement mousse, matelot, lieutenant, patron, que sais-je ? je suis même un infernal ermite ; et si vous me trouvez quelqu’un qui, après tout cela, ressemble encore à une créature humaine, celui-là peut se vanter d’avoir une figure qui ne change pas plus que celles qu’on voit sur nos monnaies.

— Tout cela, monsieur Wallingford, est si peu intelligible pour moi, que je vous demanderai de me l’expliquer.

— J’ajouterai seulement, Monsieur, que, d’après les données que j’ai recueillies, il n’y a pas un mot, dans ce que vous venez d’entendre, qui ne soit strictement vrai. Je suis convaincu que nous avons devant les yeux Oloff Van Duzer Wetmore, le seul enfant vivant de George Wetmore et de Catherine Van Duzer. Il est venu vous voir au sujet de prétentions qu’on dit que vous élevez sur la ferme que sa mère a héritée de ses parents.