Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/73

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ma main sur son cœur, moins encore de votre adhésion que de l’empressement et de l’effusion avec laquelle vous me l’accordez. Cependant, comme ce que je demande est grave, je ne veux pas me prévaloir d’un premier mouvement. Il faut avant tout que vous connaissiez toute l’étendue de votre promesse.

— Qu’il soit en mon pouvoir de l’accomplir, je n’ai pas besoin d’en savoir savoir davantage.

— J’ai besoin, moi, de vous donner des explications plus complètes. M. Hardinge a géré notre petite fortune avec tant d’économie, il a fait en même temps quelques placements si avantageux, que je me trouve beaucoup plus riche que je ne l’avais supposé. En renonçant à ce qui m’appartient, vous faites un sacrifice plus considérable que vous ne croyez peut-être. Les sommes accumulées s’élèvent à plus de vingt-deux mille dollars.

— Ah ! ma sœur, donnez un libre cours à vos intentions généreuses. Si votre argent ne vous suffisait pas, prenez, prenez du mien. Vous ne sauriez me donner une plus grande preuve d’amitié.

— Miles, dit Grace vivement agitée, ne parlez pas ainsi, ou je n’aurais plus le courage qui m’est nécessaire. Il faut que je me hâte, car je sens que plus tard je n’oserais jamais revenir sur ce sujet. D’abord, je vous prie d’acheter un bijou, de la valeur de cinq cents dollars, et de l’offrir à Lucie comme un souvenir de son amie. Donnez aussi mille dollars à M. Hardinge, pour qu’il les distribue aux pauvres. Lorsque vous aurez fait ensuite des présents convenables aux esclaves, je calcule qu’il restera intacte une somme de vingt mille dollars.

— Et qu’en ferai-je, ma sœur ? demandai-je, voyant qu’elle hésitait à poursuivre.

— Cette somme, mon bon frère, je voudrais qu’elle fût remise à Rupert. Vous savez qu’il est absolument sans fortune, et il a les goûts et les habitudes de l’opulence. Le peu que je lui laisserai ne le rendra pas riche ; mais du moins il ne se trouvera pas dans le besoin. Lucie y ajoutera sans doute, quand elle aura la disposition de ses biens ; et l’avenir pourra être pour eux tous plus heureux que le passé.

Ma sœur parlait avec une grande volubilité, et elle fut obligée de s’arrêter pour reprendre haleine. Quant à moi, le lecteur concevra plus aisément les sensations qui m’agitaient, que je ne puis les