Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/8

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l’étouffaient eussent trouvé à s’exhaler dans son exclamation favorite de : le gars !

Il fut heureux pour André Drewett qu’un homme de l’expérience et de l’autorité du docteur Post fût avec nous. À peine le corps, en apparence sans vie, eut-il été déposé sur le pont, que M. Hardinge fit apporter un seau, et il allait se mettre avec Marbre à rouler le pauvre diable de toutes ses forces, puis à le tenir suspendu les pieds en l’air, dans l’idée qu’il fallait qu’il rendît toute l’eau qu’il avait avalée, avant de pouvoir respirer. Le docteur y mit bon ordre. Il fit sur-le-champ déshabiller Drewett, fit chauffer des couvertures, et employa les moyens les plus judicieux pour rétablir la circulation du sang. Bientôt il découvrit des signes de vie ; il fit éloigner tout le monde, à l’exception d’une ou deux personnes pour l’aider ; et, dix minutes après, Drewett était placé dans un lit bien chaud, et pouvait être considéré comme hors de danger.

La scène terrible qui venait de se passer si directement sous ses yeux produisit quelque effet sur le patron d’Albany. Il daigna cette fois fois border plat sa grande voile, amener sa bonnette et son hunier, venir au vent, porter sur le travers du Wallingford, mettre en panne, et faire mettre à l’eau un canot à bord duquel passèrent mistress Drewett et ses deux filles, Hélène et Caroline, et elles arrivèrent sur notre bord au moment ou André venait d’être porté en bas. Je calmai leurs inquiétudes, car alors j’avais repris l’usage de la parole, et je pouvais même marcher ; et Post permit qu’elles descendissent auprès du malade. Je saisis cette occasion pour aller changer de vêtements dans la cale, et cela suffit pour me faire éprouver un bien-être général. Cependant mes efforts avaient été si désespérés qu’il me fallut une bonne nuit de repos pour me remettre complètement. À peine avais-je terminé ma toilette, qu’on vint me dire que Grace me demandait.

Ma sœur me reçut à bras ouverts, et sanglota sur ma poitrine pendant quelques minutes. Elle avait ignoré dans le premier moment la cause des cris de Chloé, et du bruit confus qui se faisait entendre sur le pont. Ce n’était qu’après m’avoir revu sain et sauf que Lucie lui avait raconté ce qui s’était passé, avec tous les ménagements que pouvaient lui dicter sa tendresse et son bon cœur. Ma sœur me serrait convulsivement dans ses bras, comme si elle eût craint de me perdre encore, et nous étions encore livrés à une vive émotion, quand