Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/87

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Un léger serrement de main me prouva la satisfaction que cette assurance lui causait.

À dater de ce moment, il me sembla que Grace était de moins en moins attachée aux choses de ce monde. Seulement son affection pour tout ce qu’elle aimait se montra jusqu’au dernier moment.

— Laissez entrer tous les esclaves qui pourraient désirer de me voir, dit-elle en se soulevant pour accomplir ce qu’elle regardait comme un dernier devoir. Je ne puis jamais reconnaître tout ce qu’ils ont fait pour moi ; mais je compte sur vous, Miles, pour acquitter ma dette.

Lucie sortit sans bruit, et, l’instant d’après, le petit cortège s’approcha lentement. La douleur de ces êtres essentiellement primitifs et incapables de se modérer est ordinairement bruyante et désordonnée, comme leur joie ; mais Lucie, la douce mais énergique Lucie, leur avait fait des recommandations si sévères qu’ils parvinrent à se contenir.

Grace parla à toutes les négresses, prenant congé de chacune d’elles avec bonté, en même temps qu’elle leur donnait de salutaires conseils. Tous les vieillards furent aussi l’objet d’une attention particulière.

— Allez, mes amis, et réjouissez-vous de ce que je vais être sitôt délivrée des soucis de ce monde, dit-elle dès que la triste cérémonie fut terminée. Priez pour moi et pour vous-mêmes. Mon frère connaît mes intentions à votre égard ; il veillera à ce qu’elles soient exécutées. Dieu soit toujours avec vous, mes amis !

Tel était l’ascendant que Lucie avait pris sur ces bonnes et simples créatures depuis le peu de temps qu’elles étaient placées sous sa douce, mais sage direction, qu’elles se retirèrent toutes dans le même silence qu’elles avaient observé en entrant, mais ce n’était que par les efforts les plus énergiques qu’elles avaient pu contenir les éclats ordinaires de leur désespoir, et plus d’une joue était sillonnée de armes. Je m’étais retirée dans l’embrasure d’une fenêtre pour cacher mon émotion, quand un bruit qui se fit dans les broussailles au-dessous de moi frappa mon oreille. Je regardai : Neb était étendu tout de son long, mordant littéralement la terre dans l’agonie de sa douleur, et parvenant à étouffer ainsi ses gémissements de peur qu’ils n’arrivassent jusqu’à sa jeune maîtresse, et qu’ils ne troublassent son repos. Je sus ensuite qu’il restait là pour être à portée de recevoir