Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/151

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duite d’après les événements qu’elle voyait, que de courir en aveugle vers des dangers inconnus.

Les Indiens ne paraissaient pas pressés d’avancer. Évidemment ils cherchaient à se reconnaître, et attendaient que leur nombre s’accrut. Il y eut bientôt soixante-dix ou quatre-vingts guerriers réunis. Après quelques minutes d’inaction, un coup de fusil fut tiré vers la Hutte, comme pour essayer l’effet produit par la sommation, ainsi que la portée de la balle.

À ce signal, les hommes rangés dans la plaine se retirèrent en dedans des palissades, mirent leurs armes en faisceaux et se joignirent à ceux qui tâchaient de mettre les portes à leurs places. En voyant son père faire retirer les femmes et les enfants dans la cour, Maud supposa que la balle était tombée près d’eux. C’était vrai, cependant personne n’avait été atteint.

Les portes qu’on destinait à la palissade étaient plus légères que celtes qu’on avait construites pour la maison même. La difficulté était de les placer exactement sur leurs gonds ; cette difficulté venait de leur grandeur. Il y avait assez de forces physiques pour réussir à la placer sur la fortification elle-même, s’il l’avait fallu, mais quant à ce qui regardait l’objet principal, l’adresse était plus nécessaire que la force, et la proximité de farouches ennemis tout couverts de leurs peintures de guerre, devait nécessairement nuire au sang-froid des ouvriers. La pauvre Maud perdit le sentiment de son propre danger, dans le désir de voir suspendre les porter si longtemps oubliées, et elle se leva deux ou trois fois dans une excitation fébrile quand elle vit le battant qu’on élevait tomber en dehors ; les gonds ne s’étaient pas rencontrés. On se remit à l’œuvre avec persévérance, tandis que deux sentinelles étaient placées pour surveiller les Indiens et signaler à temps leur approche. Maud s’agenouilla en ce moment et pria avec ferveur ; puis elle s’éleva un peu plus sur les rochers, pour ne perdre rien de ce qui se passait. Enfin un battant fut placé ; elle en fut assurée quand elle vit son père le faire jouer sur ses gonds. Ce fut pour elle un immense soulagement, quoiqu’elle eût trop souvent entendu parler des guerres des Indiens, pour penser qu’un tel obstacle les empêcherait d’attaquer ce côté de la garnison. La manière froide avec laquelle agissait son père, lui prouva qu’il avait pour le moment la même sécurité, son objet principal étant de prendre ses précautions pour la nuit.