Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/150

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


reurs quand les cris d’alarme frappèrent ses oreilles. Accoutumé aux périls, il courut au-devant des fugitifs du moulin, causa un moment avec le meunier qui ne pensait à rien qu’à sa sûreté, puis il marcha hardiment vers la colline. Maud trembla quand elle vit son père s’exposer à ce point ; à sa froide contenance, elle devina que l’ennemi était encore loin. Enfin il agita son chapeau, quand il fut arrivé près de ceux qui étaient réunis dans la vallée ; elle crut même entendre son cri. Il revint ensuite vers la Hutte. La pelouse était couverte des fugitifs que le capitaine atteignit, tandis que quelques hommes armés sortaient déjà de la cour. Gesticulant comme s’il donnait des ordres, le capitaine passa au milieu de la foule, toujours à cheval et disparut dans la cour. Une minute après, il reparut, suivi de sa femme et de Beulah qui pressait le petit Evert sur son sein.

Un peu d’ordre commençait à s’établir. En comptant les gens de tout âge et des deux couleurs, il y avait à ce moment dans la vallée trente-trois hommes capables de porter les armes. À ceux-là on pouvait ajouter dix ou quinze femmes, qui à l’occasion avaient bien su abattre un daim et pouvaient être considérées comme plus ou moins dangereuses ; elles stationnaient avec une carabine ou un mousquet à la main. Le capitaine avait eu quelque peine à ranger les premiers, qui ne connaissaient pas les plus simples évolutions de l’infanterie. Il avait nommé divers caporaux et donné à Joël le titre de sergent. Joyce, le vieux vétéran, remplit les fonctions d’adjudant. Vingt hommes furent aussitôt rangés en bataille, dans la plaine, devant la grande porte ouverte, sous les ordres immédiats de Joyce, et toutes les femmes et les enfants que Maud avait vu courir vers le lieu du refuge, entrèrent en dedans de la fortification. À cet instant le capitaine appela ceux qui n’étaient pas alignés avec les autres, et leur fit placer les portes de l’enceinte extérieure.

Maud aurait alors quitté l’éminence où elle était placée, mais à ce moment un corps d’Indiens apparut sur les rochers, les couronnant d’une nuée menaçante de cinquante guerriers armés. La jeune fille avait un ruisseau entre elle et la Hutte. Il lui fallait au moins une demi-heure pour gagner par les sentiers détournés le pont qui le traversait, et il n’était guère possible d’y arriver avant les étrangers. Il valait mieux qu’elle attendît et dirigeât sa con-