Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/154

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carabine contre un arbre et s’avança vers elle. La jeune fille ferma les yeux, se laissa glisser sur le banc, et, la tête baissée, attendit le coup du mortel tomahawk.

— Maud, ma très-chère Maud, ne me reconnaissez-vous pas ? s’écria l’étranger en se penchant vers la pâle jeune fille et lui passant un bras autour de la taille, avec une affection pleine de délicatesse et de réserve ; regardez-moi, ma chère, et montrez que vous ne me craignez pas.

— Bob ! dit Maud à moitié évanouie. D’où venez-vous ? Pourquoi êtes-vous ici dans cet affreux instant ? Pourquoi Dieu a-il voulu que votre visite n’arrivât pas dans un temps meilleur ?

— La terreur vous fait parler ainsi, ma pauvre Maud. Je m’attendais à être bien mieux reçu de vous. Ma présence ici ne peut vous avoir terrifiée à ce point. Que signifient donc vos paroles ?

Maud, tout à fait revenue à elle regarda le visage du major avec une expression dans laquelle la crainte se mêlait à une tendresse indicible. Cependant elle ne le serra pas dans ses bras, comme fait une sœur à un frère bien aimé, et quand il la pressa contre son cœur, elle le repoussa légèrement. Après s’être dégagée, elle se tourna vers la vallée qu’elle lui montra de la main.

— Que signifient mes paroles ? Voyez vous-même. Les sauvages sont enfin venus, et toute cette terrible scène est devant vous.

L’œil militaire du jeune Willoughby eut bientôt vu ce dont il s’agissait. Les Indiens étaient encore sur la colline, et les gens de l’établissement se fatiguaient à élever les portes les plus lourdes de la Hutte, et pour lesquelles il fallait une grande force. Il vit son père activement occupé à donner des ordres, et les renseignements que lui donna Maud le mirent au courant des autres circonstances ; il sut que l’ennemi était dans la vallée depuis plus d’une heure, et les mouvements des deux côtés lui furent racontés.

— Êtes-vous seule, chère Maud ? avez-vous été retenue ici par cette invasion soudaine ? demanda le major avec intérêt et surprise.

— Je n’ai vu personne ; pourtant je pensais que Mike était ici près dans les bois ; je pris d’abord vos pas pour les siens.

— C’était une erreur, répondit Willoughby en regardant la Hutte à travers une petite lunette d’approche. Mike soutient un des battants de la porte. Je vois encore des visages connus ; et mon cher père est aussi actif et aussi froid que s’il était à la tête d’un régiment.