Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/155

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— Alors je suis seule ; il vaut mieux du reste que tout le monde soit dans la maison pour la défense.

— Vous n’êtes pas seule, ma douce Maud, puisque je suis avec vous. Pensez-vous que ma visite arrive mal à propos ?

— Peut-être pas, après tout. Dieu sait ce que je serais devenue pendant la nuit.

— Mais cette place est-elle sûre ? Ne pouvons-nous pas être aperçus des Indiens que nous voyons si bien ?

— Je ne le pense pas. J’ai souvent fait cette remarque quand Evert et Beulah étaient ici, on ne pouvait les voir de la pelouse ; cela est dû, j’imagine, à ce sombre amas de rochers. Ma robe n’est pas de couleur éclatante, et vous avez un habillement vert comme les feuilles, on ne peut pas vous distinguer aisément. Dans un autre endroit, nous ne verrions pas aussi bien ce qui se passe dans la vallée.

— Vous êtes la fille d’un soldat, Maud ; c’est aussi vrai pour le major Meredith que pour le capitaine Willoughby, et je puis le dire. Vous êtes la fille d’un soldat, et la nature veut certainement que vous soyez la femme d’un soldat vous avez un coup d’œil qui n’est pas à dédaigner.

— Je ne serai la femme de personne, murmura Maud, sachant à peine ce qu’elle disait. Mais pourquoi êtes-vous ici ? Certainement, bien certainement, vous ne pouvez avoir aucune liaison avec les sauvages ; vous ne voudriez pas les accompagner, quand il s’agirait de protéger la Hutte.

— Je suis venu seul, Maud, tout cela m’est entièrement étranger.

— Et pourquoi venez-vous, Bob ? demanda de nouveau la jeune fille inquiète, en le regardant avec une vive affection. La situation du pays est telle que vos visites sont très-dangereuses.

— Qui pourrait reconnaître le major sous cette blouse de chasse et avec cette apparence rustique ? rien sur ma personne ne peut me faire découvrir. N’ayez pas ces craintes, Maud, il n’y a à redouter en ce moment que ces démons de forme humaine, les sauvages ; ils n’ont pas du reste une contenance très-effrayante, et paraissent en ce moment plus disposés à manger qu’à attaquer la Hutte. Regardez vous-même, ils préparent certainement leur nourriture ; en voici quelques-uns sur le penchant de la colline qui traînent un daim après eux.

Maud prit la lunette d’une main mal assurée et regarda un mo-