Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/19

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remarquable, sans aucun accent et avec une grâce qui s’éloignait également de toute affectation et de toute habitude provinciale. Le hollandais étant alors d’un usage très-commun à Albany, et la plupart des femmes d’origine hollandaise conservant dans l’anglais certaines locutions de leur langue-mère, cette pureté de dialecte chez les deux sœurs devait être attribuée à ce que leur père était un véritable Anglais, leur mère une Américaine d’origine anglaise, tandis que la maîtresse de la pension où elles étaient depuis trois ans, était née à Londres, et avait reçu l’éducation la plus distinguée.

— Allons, Maud, dit le capitaine, après avoir embrassé la petite favorite sur le front, les yeux et les joues, allons, Maud, je vous donne à deviner les bonnes nouvelles que je vous apporte ainsi qu’à Beulah.

— Vous et ma mère renoncez à passer l’été à ce vilain étang appelé le domaine des Castors, répondit l’enfant avec la vivacité de l’éctair.

— C’est charmant de votre part, plutôt charmant que sage, ma chérie, mais vous vous trompez.

— Et vous, Beulah, interrompit ta mère, qui, tout en chérissant la cadette, avait presque du respect pour la solidité d’esprit et la justesse de jugement de l’aînée, voyons si vous devinerez.

— Il s’agit de quelque chose concernant mon frère ; je le vois dans les yeux de ma mère, répondit Beulah en regardant attentivement madame Willoughby.

— Oh oui ! s’écria Maud, en sautant joyeusement à travers la chambre, et en se jetant dans les bras de son père. Robert a sa commission ! Je le vois maintenant ; vous n’avez pas besoin de me le dire ; je le vois bien. Cher Robert ! comme il sera content ! que je me sens heureuse !

— Est-ce vrai, ma mère ? demanda Beulah avec inquiétude et sans même sourire.

— Maud a raison : Robert est enseigne, ou il le sera dans un ou deux jours. Vous ne paraissez pas satisfaite, mon enfant ?

— J’aurais voulu que Robert ne fût pas militaire. Maintenant il sera toujours absent, et nous ne le verrons jamais ; puis il sera obligé de se battre, et qui sait ce qui pourra lui arriver ?

Beulah pensait plus à son frère qu’à elle-même, et, à vrai dire, la mère partageait ses tristes sentiments. Il en était autrement de