Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/191

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entendant le coup de fusil, car je ne m’attendais pas plus à cela qu’à vous voir monter au ciel dans cet habillement, comme Élie de vieille mémoire. Il y avait le capitaine, et… et

Ici Joël espérait que le chapelain ajouterait le nom qu’il désirait entendre.

— Mais n’avez-vous pas vu de sauvages ? Je savais que le capitaine était sorti, et vous ferez bien de n’en rien dire, de peur que cela n’arrive aux oreilles de mistress Willoughby et ne lui cause de l’inquiétude. Vous ne savez rien des sauvages ?

— Rien du tout. Ils sont en repos s’ils ne sont pas partis actuellement. Qui m’avez-vous dit qui était avec le capitaine ?

— Je n’en ai pas parlé. Je m’informe des Indiens qui, comme vous le savez, se tiennent parfaitement enfermés. Hé bien, Joël, allez vers votre femme qui doit être inquiète de vous, et soyez prudent.

Ainsi congédié, l’inspecteur n’osa pas hésiter, il entra dans la cour, où tout était encore en mouvement.

Quant aux deux aventuriers, ils poursuivirent leur route en silence. Ils entendirent le coup de fusil et saisirent quelques sons de l’alarme qui le suivit mais en devinant aussitôt la cause, ils ne s’en troublèrent pas : la tranquillité qui succéda leur montra bien qu’ils ne s’étaient pas trompés. En ce moment, ils étaient à cent pas des feux. Le major avait remarqué qu’aucun être vivant n’avait bougé auprès d’eux au bruit du coup de fusil. Aussi se persuada-t-il que la place était déserte, et il le dit tout bas à son père.

— Avec d’autres ennemis que les Indiens, répondit ce dernier, tu pourrais penser assez juste, mais avec ces coquins on n’est jamais sûr de rien. Il faut que nous avancions avec la précaution la plus grande.

Ils s’approchèrent des feux, qui étaient presque éteints ; aussi n’était-il pas difficile de regarder dans le camp sans être aperçu. Tout était désert. Le major gravit alors le roc avec la plus grande assurance ; car naturellement brave et accoutumé à se commander à lui-même quand l’occasion le demandait, il établissait de justes distinctions entre le danger réel et l’alarme inutile, et c’est là la plus vraie de toutes les preuves du courage.

Le capitaine, sentant sa responsabilité de mari et de père, parut un peu plus prudent, mais le succès lui donna aussitôt plus de confiance, et le rocher fut complètement exploré. Ils descendirent