Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/272

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homme resté dans la garnison étaient probablement connus maintenant des chefs, et ni le canon, ni le mannequin, ne compteraient pour beaucoup à leurs yeux.

Le capitaine, après être rentré en dedans des palissades, ferma la porte, la barra de ses propres mains, quoique toutes les appréhensions immédiates eussent cessé. Il savait certainement que soutenir un vigoureux assaut était au-dessus de ses moyens actuels de résistance mais, d’un autre côté, il était certain que les Indiens n’approcheraient jamais d’une fortification en plein jour et ne s’exposeraient pas au hasard de perdre quinze ou vingt hommes avant d’avoir pu emporter la place. Cela s’opposait à toutes leurs habitudes de guerre, ils n’auraient trouvé dans cette tentative ni honneur ni avantage, car la gloire devait se mesurer sur le nombre de chevelures prises ou perdues et en comptant les femmes restées dans la Hutte, il n’y aurait pas eu un nombre suffisant de têtes pour suppléer à celles qui seraient probablement perdues dans l’assaut.

Le capitaine fit ces réflexions en peu de mots au sergent, tout en se dirigeant vers l’appartement où l’attendaient dans l’anxiété la plus vive sa femme et ses filles.

— Dieu nous a regardés en pitié et nous a protégés cette nuit, dit la reconnaissante mistress Willoughby les yeux remplis de larmes, en se jetant dans les bras de son mari. Nous ne pouvons trop remercier le ciel, quand nous voyons encore ces chères filles et le petit Evert. Si Robert était seulement avec nous, je serais complètement heureuse !

— Voilà bien la nature humaine, ma petite Maud, dit le capitaine en attirant sa favorite vers lui et déposant un baiser sur son front pur. L’idée seule de notre détresse actuelle aurait rendu ta mère aussi malheureuse que son plus grand ennemi pourrait le souhaiter, s’il y a un monstre sur terre qui puisse être son ennemi et maintenant elle proteste qu’elle est ravie parce qu’on ne nous a pas coupé la gorge cette nuit. Nous sommes assez en sûreté pour la journée, je pense, et la nuit suivante pas une seule de vous ne la passera dans la Hutte. Si l’on voit parfois la désertion, on voit aussi l’évacuation.

— Hugh ! comment pouvez-vous avoir une pareille pensée ? Rappelez-vous que nous sommes entourés par un désert.

— Je connais parfaitement notre position, ma chère, et j’ai