Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/274

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que cela vaut mieux que d’exposer des êtres chéris au danger d’un assaut de nuit.

Joyce parut frappé de la proposition, quoique l’expression de sa physionomie montrât qu’il était loin de la recevoir favorablement. Il réfléchit un moment avant de répondre.

— Votre Honneur m’a-t-il envoyé chercher, dit-il enfin, pour recevoir ses ordres, ou est-ce son bon plaisir d’entendre ce que je pourrais avoir à dire ce sujet ?

— Je ne ferai rien sans connaître votre opinion.

— C’est le devoir d’un inférieur de parler sans réserve quand on le consulte, capitaine Willoughby, comme d’obéir en silence quand on lui donne des ordres. Selon moi, nous devrions rester ici et examiner ce qu’il y a à faire pour défendre la maison contre ces vagabonds.

— Vous avez sans doute vos raisons pour parier ainsi, Joyce ?

— Certainement, Votre Honneur ; en premier lieu, je suppose que c’est contre les règles de la guerre d’évacuer une place bien approvisionnée, quand on n’est pas assiégé. Il est vrai, Monsieur, que nos rangs sont éclaircis par les désertions, mais je n’ai jamais entendu parler d’une ville de garnison qui s’occupât de quelques déserteurs.

— Mais nos déserteurs sont en grand nombre, Joyce. Si nous les comptons bien, il est parti trois fois plus d’hommes qu’il ne nous en reste. L’important n’est pas de savoir d’où vient la perte, dès qu’elle existe.

— Une retraite avec des femmes et un bagage est toujours une opération difficile, Votre Honneur, surtout si l’ennemi harcèle l’arrière-garde. Puis, nous avons un désert devant nous, et les dames pourraient difficilement soutenir cette longue marche jusqu’à la Mohawk, sur les rives de laquelle on ne sera guère plus en sûreté qu’ici.

— Ce n’est pas cette marche que j’ai en vue, Joyce. Vous savez qu’il y a une cabane très-confortable à un mille de cet endroit sur le versant de la montagne, où nous avions commencé une éclaircie pour le pâturage des moutons, il y a seulement trois étés. Le champ a des herbes magnifiques ; si nous pouvions atteindre la cabane et emmener d’ici une vache ou deux, nous serions en sûreté au moins pour un mois. Quant aux provisions et aux vêtements, nous en emporterions assez pour nous servir