Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/291

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trez le contenu de cette boîte, ma chère enfant, vous saurez le plus grand secret de ma vie. Ces paroles, qu’il lui avait dites à sa visite de l’année précédente, avaient fait sur elle une profonde impression, mais elle les avait provisoirement oubliées dans le grand nombre d’événements qui les avaient suivies. Le message de Mike, accompagné de la boîte, les lui rappela, et elle s’imagina que le major, se croyant en danger, lui envoyait cette babiole pour qu’elle connût son secret. Peut-être désirait-il qu’elle les communiquât aux autres ? Dans la situation de notre héroïne on sent plutôt qu’on ne raisonne, et il est possible que Maud aurait eu d’autres pensées si elle avait été calme, ou si elle s’était trouvée dans une situation d’esprit à examiner logiquement les circonstances. Maintenant Maud possédait cette boîte si longtemps convoitée. Non-seulement elle ignorait le secret de l’ouvrir, mais encore elle n’osait pas l’essayer. D’abord elle pensa à la porter à Beulah et à lui demander si elle connaissait le moyen de faire jouer le ressort, mais elle recula en songeant à quoi l’exposait cette démarche ; plus elle réfléchissait, plus elle avait la conviction que Robert Willoughby ne lui aurait pas envoyé cette boîte, à elle en particulier, si elle n’était pas destinée pour elle seule. Depuis la conversation qu’elle avait eue dans l’atelier de peinture, elle avait vu clair dans les sentiments de Bob. Cette lumière l’avait aidée à mieux comprendre son propre cœur, et toutes ses délicatesses se révoltaient à la pensée de mettre quelqu’un dans sa confidence. À tout événement elle se détermina, après quelques minutes de réflexion, à ne parler à personne ni du message, ni du présent.

Dans cette situation d’esprit, pleine d’anxiété, de doutes, d’appréhensions et d’espérances, tout cela adouci par la conviction de sa parfaite innocence et de ses motifs qu’un ange aurait pu avouer, Maud restait dans l’endroit ou l’avait laissée Mike, tournant toujours la boîte dans ses mains, quand tout à coup elle toucha le ressort et le couvercle s’ouvrit. Y jeter un coup d’œil fut une action trop naturelle et trop involontaire pour qu’elle eût le temps de réfléchir.

Il n’y avait rien qu’un morceau de papier blanc adroitement plié, et comprimé de façon à être contenu dans la boîte. Robert a écrit, pensa Maud. Comment a-t-il pu faire ? Il faisait nuit, et il n’a ni plume ni papier. Un autre regard lui fit savoir qu’elle se trom-