Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/296

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sous les broussailles, comme on l’avait déjà fait si souvent depuis l’invasion.

La grande difficulté était d’atteindre le ruisseau sans se mettre en vue. On était facilité par le moyen qu’avait trouvé Joël, l’inspecteur ayant pris toutes les précautions possibles pour ne pas être découvert. La distance entre les palissades et la base des rochers était de quarante à cinquante pas, et entièrement à découvert ; il fallait la traverser sans être aperçu de ceux dont les regards pouvaient être tournés par là. Après beaucoup de réflexions, le capitaine et le sergent se déterminèrent à agir de la façon suivante : Blodget passa le premier par le trou et se laissa glisser jusqu’au ruisseau. Là, un buisson fort épais le cacha suffisamment, les broussailles s’étendant le long des rochers qui bordaient la rive. Une fois dans ces taillis, il n’y avait pas à craindre d’être découvert. Aussitôt qu’on fut certain que le jeune homme était sous la fenêtre le plus à l’est de l’aile du nord, et la seule qui fût au-dessus des broussailles, on lui descendit les carabines deux par deux ; personne ne parut à la fenêtre, pendant cette opération. On réussit facilement ; les secousses de la corde étaient suffisantes pour annoncer quand il fallait la remonter. Les munitions suivirent bientôt, et enfin tout le matériel offensif et défensif se trouva réuni sur le bord du ruisseau.

Ensuite les hommes descendirent un à un en suivant les mêmes précautions que Blodget. Chaque homme avait ses provisions, et sur lui un pistolet, un couteau ou autre chose. En une demi-heure, les quatre hommes étaient armés et cachés sous les broussailles ; ils attendaient leur chef. Le capitaine Willoughby n’avait plus qu’à donner quelques instructions à ceux qu’il laissait dans la Hutte, et à suivre ses compagnons.

Pline l’ancien, en vertu de ses années et de son expérience des guerres indiennes, eut le commandement de la garnison en l’absence du maître. S’il était resté seulement un blanc au Rocher, il n’en aurait pas été ainsi, car il aurait semblé contraire aux lois de la nature qu’un nègre commandât à un homme d’une autre couleur. Toutefois, non-seulement sa vieille maîtresse mais encore les deux jeunes filles devaient exercer sur lui une autorité sans bornes. Le capitaine lui donna ses derniers ordres, lui recommandant d’être vigilant, et surtout de tenir les portes fermées.

Aussitôt qu’il eut fini, le capitaine alla trouver sa femme et ses