Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/30

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La rivière était si étroite et la forêt qui la bordait si épaisse, qu’il y avait peu de place pour la perspective ; mais la bonne mère de famille put voir que les collines se rapprochaient en rétrécissant la vallée, que les rochers commençaient à se montrer dans le lit de la rivière, et que ta pousse vigoureuse des arbres indiquait un sol fertile et généreux.

À l’endroit où le bateau s’arrêta, la petite rivière descendait en murmurant une pente entrecoupée, et un moulin, disposé de manière à moudre et à scier, se présentait comme le premier monument de civilisation qu’elle eût aperçu depuis qu’elle avait quitté sa cabane près de la Mohawk. Après avoir donné quelques ordres, le capitaine, offrant le bras à sa femme, l’entraîna avec une vivacité presque enfantine pour lui montrer tout ce qui avait été fait autour de leur résidence. Il y a un plaisir à plonger dans une forêt vierge et à y commencer les travaux de la civilisation, qui ne se peut comparer à aucune autre jouissance des occupations humaines : il semble qu’on ait le sentiment de la création avec toutes ses prévisions et toutes ses espérances.

Une exclamation joyeuse révéla le plaisir que ressentit madame Willoughby au premier coup d’œil qu’elle jeta sur l’étang, lorsqu’elle fut parvenue au sommet des collines d’où s’échappait la petite rivière qui descendait dans la vallée. Une année avait produit des changements considérables. Les souches et les racines qui défiguraient le bassin avaient été arrachées et brûlées ; la surface entière des quatre cents acres était unie et prête à recevoir la charrue. Le sol était formé des dépôts successifs de plusieurs siècles, et la pente des bois jusqu’à la rivière était à peine perceptible à l’œil. Elle suffisait néanmoins à l’écoulement des neiges de l’hiver. La forme du bassin était irrégulière, ce qui ajoutait au pittoresque, mais les inégalités de la surface étaient rares et presque insensibles. En un mot, la nature avait créé là une de ces positions d’élite qui réjouissent le cœur de l’agriculteur, sous un soleil dont les ardeurs modérées par les glaces et les neiges de l’hiver, avaient la puissance de faire jaillir toutes les richesses cachées du terrain.

Autour du bassin les arbres avaient été éclaircis, et les espaces vides remplis de branchages, de manière à former une haie de clôture. Comme c’était une mesure de précaution plutôt qu’un objet d’embellissement, le capitaine avait ordonné qu’on en traçât les lignes dans l’intérieur du bois, de sorte que la limite visible de