Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/343

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Ces décisions soudaines étaient communes dans les guerres indiennes, et produisaient souvent des désastres. Dans cette occasion cependant, ce qui pouvait leur arriver de plus désagréable, c’était d’être repoussés, et les meneurs démagogues qui devaient leur autorité aux nécessités de l’époque se soumettaient à cette nécessité, si elle se présentait. L’attaque avait été faite avec une férocité qui l’avait empêchée d’être mesurée. Au moment où l’on fit feu sur le major, les assaillants se découvrirent et remplirent les champs. C’est alors que la défense fut laissée à Allen et à Blodget, autrement les ennemis auraient pu payer cher leur imprudence. En effet, Blodget abattit un des plus hardis Indiens, tandis que le maçon faisait feu avec autant de bonne volonté, mais avec moins de succès. Le hurlement qui suivit cette démonstration de la force apparente de la garnison était mêlé de colère féroce et d’exaltation, et l’élan vers les palissades fut général et rapide. Quand Willoughby posta ses hommes, la palissade était déjà envahie par les ennemis, les uns montant, les autres faisant feu ; quelques-uns en aidant d’autres à grimper ; un Indien tomba en dedans de la palissade, seconde victime de l’infaillible coup d’œil de Blodget.

La décharge partie des toits fit reculer les sauvages, dont quelques-uns se mirent promptement à couvert. Trois ou quatre se croyant en sûreté en dedans des palissades, cherchèrent un abri du côté des bâtiments. La vue de ces hommes, parfaitement sains et saufs, même sous le feu de la garnison tant que celle-ci ne tenterait pas de sortie, enhardit ceux qui étaient dehors et produisit ce qui n’avait pas eu lieu jusque-là, de l’ordre et de l’ensemble dans l’attaque. Le feu devint plus régulier des deux côtés, le parti assaillant étant couvert par les arbres et les haies, pendant que la garnison veillait au haut des toits.

Au moment de l’invasion de la Hutte, tous les ci-devant serviteurs du capitaine Willoughby qui avaient déserté abandonnèrent leurs différentes occupations dans les bois et dans les champs, et se rassemblèrent au dedans et autour des cabanes avec leurs femmes et leurs enfants. Joël seul ne se montrait pas. Il avait amené ses amis derrière un tas de foin, à une distance respectueuse de la maison, dont ils pouvaient approcher sans risque, au moyen du ruisseau et des broussailles, qui le bordaient. Le petit conseil tenu à cet endroit prit place au même moment qu’une demi--