Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/35

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— Pas avant longtemps j’espère, Nick. Nous sommes encore en paix avec la France ; et je ne crois pas qu’il se présente de nouveaux sujets de querelle. Tant que les Français et les Anglais seront en paix, les hommes rouges n’attaqueront ni les uns ni les autres.

— Vous parlez vrai comme un missionnaire. Mais si la paix dure longtemps, que fera le soldat, capitaine ? Le soldat aime le métier de la guerre.

— Je voudrais qu’il n’en fût pas ainsi, Nick. Mais ma hache est enterrée, j’espère, pour toujours.

— Nick espère que le capitaine saura la trouver, s’il en a besoin. C’est mauvais de mettre une chose dans un endroit où on l’oublie, surtout le tomahawk. Quelquefois une querelle vient sans qu’on l’attende.

— C’est vrai. Cependant je crains que la première querelle ne se passe entre nous. Le gouvernement métropolitain et les colonies commencent à n’être plus d’accord.

— C’est très-étrange ! Pourquoi la mère Face-Pâle et la fille Face-Pâle ne s’aiment-elles pas ?

— En vérité, Nick, vous faites bien des interrogations, ce soir. Mais ma femme doit être désireuse de voir l’intérieur de sa maison, et je dois vous adresser pour une réponse à cet honnête garçon que vous voyez là-bas. Son nom est Michel ; j’espère que vous et lui vous serez toujours amis.

Ainsi parlant, le capitaine salua d’un air amical, puis conduisit madame Willoughby vers la maison en prenant un sentier déjà battu et qui suivait les sinuosités de la rivière à laquelle il servait de digue. Nick prit le capitaine au mot, et se tournant vers l’homme de Leitrim, il le salua d’un air affable et lui tendit la main à la manière des Faces-Pâles.

— Comment va, Michel ? dit-il, sago, sago, content de vous voir ; bon garçon pour boire avec Nick du vin de Santa-Cruz.

— Comment va, Michel, dit l’autre en regardant avec stupéfaction le Tuscarora car c’était le premier homme rouge qu’il voyait. Comment va, Michel ? Êtes-vous donc le vieux Nick[1] ? Eh bien, vous êtes à peu près tel que je m’attendais à vous voir. Mais, je vous prie, comment avez-vous pu savoir mon nom ?

  1. Le vieux Nick (Old Nick), nom populaire du Diable.