Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/40

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voir, le respect engagea les serviteurs à se retirer, et ils se trouvèrent seuls de nouveau.

— Eh bien, Wilhelmina, s’écria le joyeux capitaine, joyeux de voir le bonheur illuminer la douce figure et les beaux yeux bleus de sa femme ; eh bien, pouvez-vous renoncer à Albany et à tous les agréments des habitations de vos amis, pour vous contenter de cette retraite ? Il n’est pas probable que je me mette encore à bâtir, quelque chose que fasse Robert quand il viendra après moi. Ainsi cet édifice, moitié maison, moitié caserne, doit être notre habitation pour le reste de nos jours.

— C’est plus que suffisant, Willoughby. Il y a espace, commodité, chaleur, fraîcheur et sécurité. Que faut-il de plus à une épouse et à une mère quand elle est environnée de tous ceux qu’elle aime ? Je vous recommande seulement, Hughes, de bien veiller à ce qui concerne notre sûreté. Rappelez-vous combien nous sommes éloignés de tout secours, et combien les Indiens sont prompts et féroces dans leurs attaques. Deux fois nous avons été effrayés par des surprises, et nous avons dû notre salut plutôt au hasard ou à la Providence qu’à votre propre vigilance. Si cela peut arriver dans des garnisons, au milieu des troupes royales, ne courons-nous pas bien plus de risques ici, où nous n’avons pour nous protéger que des ouvriers et des laboureurs ?

— Vous vous exagérez les dangers, ma chère. Dans cette partie de la contrée, il n’y a pas d’Indiens qui tenteraient d’attaquer un établissement comme celui-ci. Nous comptons treize hommes robustes, outre sept femmes, et nous pourrions, en cas d’attaque, disposer de dix-sept ou dix-huit fusils. Aucune tribu n’oserait commencer les hostilités en temps de paix, et si près des établissements ; et quant aux maraudeurs, qui voudraient voler ou assassiner, nous sommes tellement forts contre eux, que nous pourrions sans les craindre dormir en paix.

— On ne sait jamais cela, cher Hughes. Une demi-douzaine de maraudeurs peuvent suffire contre deux fois leur nombre lorsqu’on ne les attend pas. J’espère au moins que vous ferez placer des barrières ; quand nos filles seront ici, à l’automne, je ne pourrais dormir sans que l’entrée soit bien close.

— Ne craignez rien, ma chère, dit le capitaine en embrassant sa femme avec tendresse. Quant à Beulah et à Maud, elles peuvent venir dès qu’elles voudront ; elles seront toujours reçues avec bon-