Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/48

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ans le Tuscarora reparaissait, remontant dans la vallée, d’un pas allongé et rapide. Lorsque la servante le signala, il se montrait au-dessus des rochers dans la direction des moulins. À cette distance, qui était d’un demi-mille, on pouvait le reconnaître à son allure qui était bien connue à la hutte.

— C’est bien Nick ! s’écria le capitaine. Le gaillard s’avance aussi vite qu’un coureur, comme s’il était porteur de nouvelles importantes.

— Nous sommes trop au courant des tours de Nick, pour qu’il puisse tromper aucun de nous, dit madame Willoughby, qui entourée de son mari et de ses enfants se sentait trop heureuse pour redouter aucune apparence de danger. Cependant, ajouta-t-elle, je crois vraiment qu’il doit nous apporter quelque nouvelle. Il y a plus d’un an que nous ne l’avons vu.

— Il y a plus de deux fois un an, ma chère. Je n’ai pas vu sa figure depuis que je lui ai refusé un baril de rhum pour la découverte d’un autre étang de castors. Il a essayé de me vendre un nouvel étang chaque saison depuis l’acquisition de celui-ci.

— Croyez-vous, Hughes, qu’il se soit sérieusement fâché de ce refus ? En ce cas, ne vaudrait-il pas mieux lui donner ce qu’il demande ?

— J’y ai peu songé et je m’en soucie peu ma chère. Nick et moi nous nous connaissons bien : c’est une connaissance de plus de trente ans, éprouvée sur le champ de bataille et garantie même par les étrivières. Trois fois je me suis vu contraint de faire de mes propres mains de salutaires applications sur le dos de Nick, quoique maintenant il y ait bien dix ans qu’il n’y a pas eu de coups échangés entre nous.

— Est-ce qu’un sauvage pardonne jamais des coups ? demanda le chapelain d’un air de surprise et même de crainte.

— Je pense, Woods, que ce sauvage est aussi disposé à pardonner que le serait un homme civilisé. Pour vous, qui avez servi si longtemps dans l’armée de Sa Majesté, quelques coups ne doivent pas paraître du nouveau.

— Sans doute, envers les soldats ; mais je ne savais pas qu’on eût jamais fouetté dès Indiens.

— C’est parce qu’il ne vous est jamais arrivé d’assister à la cérémonie. Mais assurément, c’est bien Nick ; et à son allure, je pense que le gaillard est porteur de quelque nouvelle.