Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/63

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quer la mort de sir Harry Willoughby, il me prescrivit de remonter secrètement la rivière, d’avoir une entrevue avec sir John et de pousser jusqu’ici sous un faux nom, pour communiquer avec vous. Il pense, maintenant que sir William est mort, qu’avec vos propriétés, votre nouveau rang et votre influence locale, vous pouvez être très-utile pour le soutien de la cause royale car il ne faut pas se dissimuler que cette affaire va probablement prendre le caractère d’une révolte ouverte contre l’autorité de la couronne.

— Le général Tryon me fait trop d’honneur, répondit froidement le capitaine ; ma propriété a quelques acres de terres désertes, mon influence ne s’étend guère au delà de cette prairie dérobée aux castors, et je puis commander à mes domestiques et à quinze ou vingt laboureurs. Quant au nouveau rang dont tu parles, il n’est pas probable que les cotons en fassent grand cas, puisqu’ils méconnaissent les droits du trône. Pourtant tu as rempli les devoirs d’un bon fils, Robert, en courant de tels risques, et je prie Dieu que tu puisses rejoindre ton régiment en sûreté.

— Voilà qui raffermit mes espérances, Monsieur ; car j’aurais éprouvé un véritable chagrin si vous aviez pensé qu’il fût de mon devoir, parce que je suis né aux colonies, de renoncer à mon grade et de prendre rang parmi les rebelles.

— Je ne pense pas plus que ce soit ton devoir, que je ne pense que c’est le mien de prendre parti contre eux, parce que le hasard m’a fait naître en Angleterre. C’est se faire une pauvre idée des obligations morales que de les faire reposer sur les accidents de naissance et de localités. Il peut se produire avec le temps des situations nouvelles qui modifient tous nos devoirs, et il est nécessaire de les accomplir tels qu’ils sont, et non pas tels qu’ils ont été ou qu’ils doivent être. Ceux qui font tant de bruit sur un lieu de naissaince, n’ont ordinairement pas une idée bien nette des obligations d’un ordre plus élevé. Nous n’avons aucun contrôle à exercer sur notre naissance, tandis que nous sommes complètement responsables de l’accomplissement des obligations volontairement contractées par nous.

— Est-ce là votre opinion, capitaine ? dit le chapelain d’un air d’intérêt. Pour moi, j’avoue que je pense en cette matière non-seulement en natif d’Amérique, mais en véritable Yankee. Vous savez que je suis né dans la Baie, et… le major m’excusera…