Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/65

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peut-être la plus grosse part de mon affection. C’est donc l’habitude et le devoir, bien plus que les liens de la naissance, qui enchaînent nos cœurs.

Le major pensa qu’il n’y avait rien de singulier à préférer un enfant à un autre, quoique ce fût un sujet sur lequel il ne se souciait guère de discuter. Mais le chapelain, pour qui toute occasion était bonne, ne voulut pas laisser tomber l’argument.

— Je suis, dit-il, pour les liens de la naissance, du sang et de la nature, tout en comptant les droits particuliers de mademoiselle Maud qui sont tout à fait sui generis, et ne peuvent être confondus avec aucun autre cas. Un homme ne peut avoir qu’une patrie, de même qu’il ne peut avoir qu’une nature, et de même qu’il doit être fidèle à sa nature, de même il doit être fidèle à sa patrie. Le capitaine assure que dans une guerre civile, il est difficile de savoir où est la patrie ; je ne puis admettre cet argument. Si Massachusetts et l’Angleterre en viennent aux coups, Massachusetts est ma patrie si les comtés de Suffolk et de Worcester sont en querelle, mon devoir m’attache à Worcester, où je suis né ; et je suivrai ainsi mon principe, de pays à pays, de comté à comté, de ville à ville, de paroisse à paroisse, et même de maison à maison.

— Voilà un singulier aperçu des devoirs sociaux, mon cher monsieur Woods, s’écria le major avec feu, et si une moitié de la maison se querellait avec l’autre, vous vous rangeriez du côté où vous vous trouveriez pour le quart d’heure.

— C’est une étrange idée du devoir pour un ministre, reprit le capitaine. Reprenons un peu l’argument, et voyons ce que nous allons en faire sortir. Vous mettez le chef de la famille en dehors de la question. Et cependant n’a-t-il aucun droit ? Un père ne doit-il compter pour rien dans une lutte entre ses enfants ? Ses lois sont-elles abolies, ses droits méconnus, sa personne sera-t-elle maltraitée, sa malédiction peut-être méprisée, parce qu’une bande d’enfants indisciplinés entreprendra des combats pour quelque caprice de leur égoïsme ?

— J’abandonne ce qui a rapport à la famille, cria le chapelain, car la Bible a réglé cela, et ce qu’a dit la Bible n’admet pas de discussion. « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours soient durables sur la terre que le Seigneur ton Dieu t’a donnée, » Voilà des paroles terribles et qui ne peuvent être transgressées.