Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/78

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jor en riant. L’arrière-garde est le poste d’honneur dans une retraite, vous le savez, mon cher père, et je crois que notre marche mérite à peine un autre nom.

— C’est triste pour les troupes du roi ! Quelle espèce de soldats aviez-vous à combattre, mon fils ?

— Des gens passablement opiniâtres, Monsieur. Ils voulaient nous persuader de retourner à Boston le plus tôt possible, et ce ne fut pas une petite difficulté que de ne pas se rendre à leurs arguments. Si milord Percy n’était pas arrivé avec un fort parti et deux pièces d’artillerie, nous n’aurions pu résister plus longtemps. Nos hommes étaient fatigués comme des daims poursuivis par les chasseurs, et la journée fut très-chaude.

— De l’artillerie aussi ! s’écria le capitaine, la fierté militaire se ravivant un peu pour déranger ses dernières convictions. Avez-vous ouvert vos colonnes et chargé vos ennemis en ligne ?

— C’eût été charger l’air. Aussitôt que nous faisions halte, nos ennemis se dispersaient ; mais quand la marche recommençait, tous les murs de la route se garnissaient de mousquets. Je suis sûr que vous nous rendrez justice, Monsieur ; vous connaissez les régiments et vous savez s’ils manquent à leur devoir.

— Les troupes anglaises y manquent rarement, quoique cela soit déjà arrivé. Il n’y a pas de soldats qui se montrent habituellement plus hardis, et d’ailleurs les provinciaux sont de formidables escarmoucheurs. Je les connais sous ce point de vue. Quel a été l’effet de tout ceci sur le pays, Bob ? Tu nous en as dit quelque chose la nuit dernière ; achève cette histoire.

— Les provinces sont soulevées. Dans la Nouvelle-Angleterre, le feu ne serait pas plus dévastateur, et pourtant cette colonie est une des moins excitées. Là encore les hommes sont armés par milliers.

— Grand Dieu ! dit le paisible chapelain en s’inclinant, les hommes peuvent-ils être ainsi portés à se détruire les uns les autres ?

— Tryon est-il actif ? Que font les autorités royales pendant ce temps ?

— Elles ne négligent rien de ce qui est faisable, mais elles doivent surtout compter sur la loyauté et l’influence de la noblesse, jusqu’à ce qu’un secours puisse arriver d’Europe. Si ces espérances les abandonnent, les difficultés augmenteront beaucoup.