Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/10

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avoir reçu de nouvelles. Nous savons que Jacob (c’était un noir libre qui servait mon oncle, un reste du vieux système domestique des colonies, dont le nom eût été, trente ans auparavant, Jaaf ou Yop) ; nous savons que Jacob est allé chez notre banquier chercher nos journaux et nos lettres, et cela naturellement appelle nos pensées de l’autre côté de l’Atlantique. Je suis convaincu que nous nous trouverons tous deux soulagés demain à notre déjeuner, après que nous aurons pris connaissance de nos dépêches. Allons, prenons ensemble un verre de vin, Hughes, à la bonne vieille mode d’York. Ton père et moi, lorsque nous étions garçons, n’aurions jamais songé à humecter nos lèvres du demi-verre de madère qui était notre portion, sans nous dire : « À ta santé, Mall ; – à ta santé, Hodge. »

— De tout mon cœur, oncle Ro. C’était une mode qui déjà commençait à vieillir, même avant mon départ ; mais c’est devenu presque une coutume américaine, parce que nous y avons tenu plus longtemps que les autres.

— Henry !

— Ce personnage était le maître-d’hôtel de mon oncle, qui lui avait continué ses gages pendant toute la durée de notre absence, afin de pouvoir, au retour, compter sur son service calme, habile et honnête.

— Monsieur !

— Je ne doute pas que ce vin de Bourgogne ne soit bon ; il a certainement bonne mine, et il vient d’un marchand auquel je puis avoir confiance mais M. Hughes et moi nous allons boire ensemble à l’américaine, et je suppose que vous voudrez bien nous donner un verre de madère, quoique le dîner soit un peu avancé pour prendre ce vin.

— Très-volontiers, Monsieur ; je suis heureux de pouvoir vous obliger.

Mon oncle Ro et moi nous prîmes donc le madère, quoique je ne puisse pas dire grand’chose en faveur de la qualité.

— Quelle excellente chose qu’une reinette de Newtown ! s’écria mon oncle après un intervalle de silence. Ils parlent beaucoup ici, à Paris, de leur poire de beurré, mais, à mon goût, elle ne peut se comparer aux bons fruits que nous obtenons à Satanstoe, et qui, pour le dire en passant, sont meilleurs, je crois, que ceux qui sont recueillis de l’autre coté de la rivière, à Newtown même.