Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/100

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


nait alors fit sourire tout le monde. Je fus enchanté surtout de voir les yeux riants et rayonnants de Mary Warren, quoiqu’elle gardât le silence.

— Je ne puis dire que je sois d’accord avec vous en cela, Jaaf, reprit ma grand’mère. Sans-Traces porte les années admirablement, et je crois qu’il y a longtemps que je ne l’ai vu aussi bien qu’en ce moment. Aucun de nous n’est aussi jeune, assurément, comme dans les jours où nous fîmes connaissance, Jaaf ; car, il y a de cela, je crois, près de soixante ans.

— Vous n’êtes qu’une petite-fille, murmura le nègre. Vieux Sus être réellement vieux mais miss Dus et maître Mordaunt, ils se sont mariés que l’autre jour, c’était après la révolution.

— C’est vrai, répliqua la vénérabte aïeule avec un certain accent de mélancolie, mais la révolution a eu lieu, il y a bien, bien des années.

— Eh bien ! je suis surpris, miss Dus ! comme vous appelez cela bien des années, lorsque cela l’autre jour ! reprit l’opiniâtre nègre, qui commençait à devenir impatient, parlant d’un air de dépit, comme s’il lui déplaisait d’entendre une chose qu’il ne pouvait accorder. Maitre Corny un peu vieux, peut-être, s’il vit encore, mais tout le reste de vous, enfants, rien qu’enfants. Dites-moi une chose, miss Dus, est-il vrai qu’on a une ville à Satanstoe ?

— Une tentative a été faite, il y a peu d’années, pour transformer en villes toute la contrée mais je crois qu’on ne fera jamais de Satanstoe qu’une excellente ferme.

— Tant mieux. Cela bonne terre, je vous le dis. Un acre de terre là-bas, mieux que vingt acres par ici.

— Mon petit-fils ne serait pas flatté de vous entendre dire cela, Jaaf.

— Que petit-fils, miss Dus. Je souviens que vous avez un petit enfant l’autre jour, mais cet enfant ne peut pas avoir enfant.

— Ah ! Jaaf, mon vieil ami, mes enfants sont depuis longtemps des hommes et des femmes, et s’avancent vers la vieillesse. L’un, et c’était mon premier-né, est parti avant nous pour un monde meilleur, et son fils est votre jeune maître. Cette jeune personne, assise vis à-vis de moi, est la sœur de ce jeune maître, et elle serait chagrine de penser que vous puissiez l’avoir oubliée.

Jaaf était arrêté par une difficulté assez commune dans la vieillesse ; il oubliait toutes les choses de date récente, et se rappelait