Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/154

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


donné à notre maison. J’appris ensuite que cette circonstance même était invoquée contre moi dans les controverses, comme un crime de lèse-majesté ; une résidence particulière ne devant pas monopoliser la majeure d’une proposition, tandis que le hameau se contentait de la mineure, surtout quand, dans ce dernier, il se trouvait deux tavernes qui sont exclusivement la propriété du public.

S’il n’y avait pas eu alors des motifs plus sérieux d’agitation, peut-être aurait-on pris pour ordre du jour la question de savoir auquel des deux Nest devait appartenir la priorité. J’ai entendu parler d’un procès qui eut lieu en France, concernant un nom qui a été fameux aux premières époques de l’histoire et qui a pris même une place distinguée dans les annales de notre république. Je veux parler de la maison de Grasse. Cette famille était établie avant la révolution, et l’est peut-être encore à un endroit nommé Grasse, dans le midi du royaume, la ville étant aussi fameuse par son commerce de soie, de parfums et de savons, que la famille par ses exploits guerriers. Il y a environ un siècle, le marquis de Grasse eut un procès avec ses voisins de la ville, à l’effet de décider si la famille avait donné son nom à la ville, ou si la ville avait donné son nom à la famille. Le marquis triompha dans la lutte, mais il compromit gravement sa fortune par cette nouvelle victoire. Comme ma maison avait été à coup sûr élevée et nommée alors que le site du petit Nest était encore dans la forêt vierge, on pourrait croire hors de toute contestation ses droits à la priorité ; mais on verrait peut-être le contraire en cas de procès. Chez nous, toutes choses dépendent tellement des majorités, que bientôt la tradition la plus authentique est celle qui compte le plus de partisans. Car avec le système des nombres, on fait peu attention à la supériorité des avantages, des connaissances, des droits, tout devant dépendre de trois contre deux.

Tom Miller avait disposé pour mon oncle Ro et moi un petit cabriolet découvert, tandis qu’il se plaçait, lui, sa femme, Kitty et un garçon, dans un véhicule à deux chevaux. Ces arrangements pris, nous nous mîmes en route au moment où l’horloge de la ferme sonnait neuf heures. Je conduisais mon cheval moi-même et c’était effectivement mon cheval ; chaque article, chaque ustensile de la ferme étant ma propriété, suivant la vieille loi, non moins que le chapeau que j’avais sur la tête. Il est vrai que