Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/181

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


crate ; mais par démocratie je n’entends rien de ce qui a été énoncé par le précédent orateur. Je dois dire à celui-ci clairement que s’il est démocrate, je ne le suis pas, et que si je suis démocrate, il ne l’est pas. Par démocratie, j’entends un gouvernement où le pouvoir souverain réside dans le corps de la nation, et non dans le petit nombre ou dans un seul homme. Mais ce principe ne donne pas au corps de la nation le droit de faire le mal, pas plus que dans une monarchie le pouvoir souverain dans les mains d’un seul, ne donne à celui-ci ce même droit. Par égalité, je n’entends pas autre chose que l’égalité devant la loi. Si la loi avait dit que lorsque feu Malbone Littlepage mourrait, ses fermes seraient dévolues non à ses héritiers, mais à ses voisins, cette loi devrait être obéie, quoique destructive de toute civilisation, car les hommes n’accumuleraient jamais des richesses pour en faire don au public. Il faut quelque chose de plus personnel pour exciter les hommes au travail, et pour les engager à s’imposer des privations. « L’orateur nous a parlé de bissextiles politiques qui doivent régulariser le calendrier social. Il entend par là que lorsque la propriété devient inégale, elle doit être partagée de nouveau, afin que les hommes aient un nouveau point de départ. Je crains qu’il n’ait bientôt besoin de se dispenser des années bissextiles, pour en venir ensuite aux mois bissextiles, puis aux semaines bissextiles, enfin aux jours bissextiles. En effet, si la propriété de cette contrée était partagée ce matin même, et dans cette assemblée, elle serait déjà inégale avant la nuit. Il y a des gens qui ne peuvent pas garder de l’argent lorsqu’ils en ont il y en a d’autres qui en sont toujours avides.

« Ensuite, si la propriété du jeune Litttepage doit être partagée, celles de tous ses voisins doivent l’être également, pour donner à la transaction au moins une apparence d’égalité ; je dis une apparence, car Hughes Littlepage possède à lui tout seul plus que tous les autres ensemble. Oui, mes concitoyens, Hughes Littlepage paie en ce moment un vingtième des impôts de tout le comté ; et ces impôts, en réalité, sortent de sa poche. Ne me dites pas que ce sont les tenanciers qui paient l’impôt ; je sais ce qu’il en est. Nous savons tous que le montant probable de l’impôt est estimé dans le contrat de louage, et qu’on diminue d’autant le prix du fermage ; par conséquent, c’est le propriétaire seul qui le paie.