Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/193

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— Quelle espèce de gouvernement aviez-vous dans votre pays ? demanda-t-il.

— Assez pon mon pays est prussien, et il passe pour un assez pon goufernement.

— Oui, mais c’est un gouvernement royal, je pense ; il me semble que j’ai entendu parler de rois dans ce pays.

— Ya, ya, il y a ein Kœnig, un roi. Le dernier était le pon Kœnig Wilhelm, et auchourd’hui c’est son fils, qui est aussi un Kœnig. Ya, ya, il y a un roi.

— Cela explique tout, s’écria Tubbs, avec un air de triomphe. Vous voyez, ils ont un roi, et par conséquent des tenanciers. Mais ici nous n’avons pas de roi, et nous n’avons pas besoin de propriétaires. Tout homme, dans un pays libre, ne doit avoir d’autre propriétaire que lui-même. Voilà ma doctrine et j’y tiens.

— Il y a quelque raison dans cela, ami ; est-ce que ce n’est pas votre avis ?

— Eh pien ! che ne gomprends pas. Est-ce que ce monsieur ne feut pas de propriétaire dans son pays, parce qu’il y a des bropriétaires dans les pays où il y a des rois ?

— C’est ça ! c’est juste la vraie raison et le vrai principe, répondit Tubbs. Le roi et la liberté ne peuvent aller ensemble et les propriétaires et la liberté ne peuvent aller ensemble.

— Mais la loi de ce pays n’est-elle pas aussi d’afoir des bropriétaires ; ch’ai entendu qu’il en était ainsi.

— Oui, c’est-à-dire la loi telle qu’elle est aujourd’hui ; mais nous voulons la changer. Nous avons maintenant tant de votes, que nous sommes certains d’avoir tous les partis avec nous aux élections générales. Que nous ayons le gouvernement de notre côté, avec la certitude d’avoir assez de votes pour être maîtres des élections, et nous sommes sûrs du succès. Les votes, voilà tout ce qu’il faut, dans une contrée véritablement libre, pour obtenir tout ce qu’on veut.

— Et fous foulez ne rien afoir de ce qui peut être dans les contrées qui ont des rois.

— Assurément. Qu’avons-nous besoin de tous vos usages féodaux qui rendent le riche plus riche et le pauvre plus pauvre.

— Eh pien, fous defez changer la loi de la nature, si les riches ne doivent pas afoir des richesses, les paufres ne pas sentir qu’ils