Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/20

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


car vous devez savoir que lorsque nous la quittâmes, à l’âge de quinze ans, elle donnait toutes les espérances d’une grande beauté.

— Comme tu le dis ; il est impossible que Marthe Littlepage soit autre chose que belle car quinze ans forment un âge où en Amérique, on peut à coup sûr prédire ce que sera une femme. Ta tante veut te réserver une surprise agréable. J’ai entendu de vieilles gens dire qu’elle ressemble beaucoup à ma mère lorsqu’elle avait cet âge, et Duss Malbone était alors une beauté en vogue.

— Je suppose bien que c’est comme vous le dites d’autant mieux qu’il y a dans ses lettres certaines allusions à un certain Harry Beekman, qui me flatteraient beaucoup si j’étais à la place de M. Harry. Sauriez-vous, par hasard, quelque chose sur cette famille de Beekman, Monsieur ?

À cette question, mon oncle me regarda avec quelque surprise. Véritable New-Yorkiste par sa naissance, ses relations, ses alliances et ses sentiments, il professait un grand respect pour les vieux noms de la colonie et de l’État et je l’avais souvent entendu s’amuser de la manière dont les nouveaux venus de mon temps apparaissaient au milieu de nous pour s’épanouir comme la rose et pour être effeuillés et dispersés à travers le pays. Il était tout naturel qu’une communauté dont la population s’était multipliée en cinquante ans d’un demi-million à deux millions et demi, et cela autant par immigration des communautés voisines que par un accroissement naturel, eût subi quelques changements dans ses sentiments à cet égard ; mais, d’un autre côté, il était tout aussi naturel que le New-Yorkiste pur-sang n’en eût pas subi.

— Tu dois certainement savoir, Hughes, que c’est parmi nous un nom ancien et respecté, répondit mon oncle après qu’il m’eut donné le coup d’œil de surprise dont j’ai parlé. Il y a une branche des Beekman ou Bakeman, comme nous les appelions, établie près de Satanstoe et je présume que ta sœur, dans ses fréquentes visites à ma mère, a dû les rencontrer. C’est une relation qui est toute naturelle, et l’autre sentiment dont tu parles peut être aussi naturel que la relation, quoique je ne puisse dire que je l’aie jamais éprouvé.

— Vous persistez donc à soutenir, Monsieur, que vous n’avez jamais été la victime de Cupidon ?

— Hughes, Hughes, cessons de plaisanter. Il y a en effet des nouvelles qui m’ont presque brisé le cœur.