Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/211

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mais non pour quelques-uns de vos ancêtres. Hier, pendant que nous nous reposions le soir, deux des chefs, celui qui est de taille moyenne avec la double médaille sur la poitrine, et ce vieux guerrier qui à été une fois scalpé, comme vous pouvez le voir aux cicatrices de son crâne, se mirent à rappeler quelques-unes des guerres de leur tribu, qui était autrefois un peuple du Canada. Le vieux chef racontait les incidents d’un sentier de guerre qui conduisait hors du Canada, à travers les grandes eaux, vers un établissement ou ils espéraient recueillir un grand nombre de chevelures et où, en résultat, ils en perdirent plus qu’ils n’en trouvèrent. C’est alors qu’ils rencontrèrent en cet endroit même Susquesus, l’intègre Onondago comme ils l’appellent, et le propriétaire Yengeese de cette terre, qu’ils appellent d’un nom assez semblable au vôtre, et qui, d’après leurs traditions, était un guerrier vaillant et habile. Ils présument que vous êtes des descendants de ce dernier, et voilà pourquoi ils vous honorent.

— Est-il possible que ces hommes sans éducation aient des traditions aussi exactes ?

— Mon Dieu, si vous pouviez les entendre parler entre eux sur les mensonges qui sont lus dans les livres des faces pâles, vous sauriez combien ils amassent chez eux de trésors de vérité. Ils connaissent toute l’histoire de vos ancêtres, et ils connaissent quelque chose de vous aussi, si vous êtes celui qui à offert à l’intègre Onondago ou au Sapin Desséché pour ses vieux jours, un wigwam toujours garni d’aliments et bois.

— Est-ce possible ? Et tout cela est connu et raconté parmi les sauvages de l’occident lointain !

— Si vous appelez ces chefs des sauvages, reprit l’interprète, quelque peu offensé d’entendre appliquer ce terme à ses amis et associés. Assurément, ils ont leurs manières à eux, de même que les faces pâles ; mais les manières indiennes ne sont pas si sauvages, une fois qu’on s’y est accoutumé. Je me rappelle qu’il se passa beaucoup de temps avant que je pusse m’habituer à voir un guerrier scalper son ennemi ; mais en raisonnant un peu, j’entrai dans l’esprit de la chose, et je commençai à croire que c’était bien.

Je marchais devant mon oncle, car nous nous étions remis en mouvement, nous dirigeant vers le bois ; je ne pus m’empêcher de me retourner, et de dire en souriant :

— Il paraît, après tout, que cette grande puissance de l’esprit