Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/219

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— Ma foi oui, Monsieur, ils sont étonnants. C’était déjà deux antiques, comme nous le disons en Angleterre, lorsque je vins ici, et c’était avant votre naissance, monsieur Hughes ; il y a de cela bien des années. Ils restent là, assis, jour par jour, comme des monuments des temps passés. Le nègre devient tous les jours de plus en plus laid, et c’est le seul changement que je remarque en lui ; tandis que je crois, Monsieur, que l’Indien devient de plus beau en plus beau.

— Susquesus est, en effet, un être magnifique, avec sa tête blanche, ses yeux ardents, ses traits calmes et son air majestueux, répondis-je, et Jaaf n’est pas un beau modèle. Comment s’accordent-ils ensemble ?

— Ma foi, Monsieur, ils se querellent beaucoup, c’est-à-dire que le nègre querelle, quoique l’Indien soit trop au-dessus de lui pour faire attention à ce qu’il dit. Je ne dirai pas non plus que Yop querelle véritablement. Monsieur, car il a une très-grande considération pour son ami ; mais il baisse terriblement.

— J’espère qu’ils n’ont manqué de rien durant mon absence. Leur table a été soignée, je pense, et tous leurs besoins satisfaits.

— Il n’y a pas de risque, monsieur, tant que vivra madame Littlepage. Elle a pour ces vieillards l’affection d’un enfant, et fait pourvoir à tout ce qu’ils peuvent désirer. Betty Smith, vous vous rappelez Betty, Monsieur, la veuve du vieux cocher qui mourut pendant que vous étiez au collège ; eh bien ! Betty n’a rien fait depuis quatre ans que de les soigner. Elle tient tout en ordre dans leur cabane, la lave deux fois par semaine, blanchit leur linge, et coud, et ravaude, et fait la cuisine, et veille sur tout. Elle demeure tout près et a tout sous la main.

— J’en suis enchanté. Et ces bons vieillards viennent ici quelquefois jusqu’à la maison ? Avant mon départ, nous recevions d’eux une visite journalière.

— Cette habitude est bien tombée, Monsieur, quoique le nègre soit encore passablement assidu. Dans le beau temps, il ne manque pas de se présenter une ou deux fois par semaine. Alors il entre dans la cuisine, où il reste quelquefois assis pendant toute une matinée, racontant les histoires les plus singulières, ah ! ah ! ah ! Oui, Monsieur, les histoires les plus singulières qu’on puisse entendre.

— Mais que dit-il de si drôle pour vous tant amuser ?

— Selon lui, Monsieur, tout décroît dans ce pays, tout est infé-