Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/222

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rester à table après que les dames se sont levées. Et cependant nous sommes tellement imitateurs, tellement accoutumés à suivre les modes bonnes ou mauvaises de ceux que nous avons expulsés, que si cette habitude barbare était abandonnée en Angleterre, je ne doute pas qu’elle ne fût proscrite quelques mois après chez nous. Mon oncle, néanmoins, avait déjà tenté dans le cercle de nos connaissances de retenir les dames à table et de les suivre lorsqu’elles se levaient. Mais il est difficile de marcher contre le vent. Des hommes qui s’imaginent que c’est de bonne compagnie de se réunir pour boire du vin, pour goûter du vin, pour parler de vin et de se surpasser l’un l’autre dans la qualité et la quantité des vins offerts aux convives, ne renoncent pas facilement à de telles coutumes. Je ne connais pourtant rien de plus révoltant que de voir une vingtaine de figures graves rangées autour d’une table pour goûter du vin du Rhin, tandis que les joues de leur hôte sont enflées comme celles de Borée, à force de jouer le rôle d’un siphon.

Quand ma grand’mère se leva avec ses quatre brillantes compagnes, et dit selon l’habitude de la vieille école : « Eh bien, Messieurs, je vous laisse à vos bouteilles ; mais vous vous souviendrez que vous serez les bienvenus dans le salon », mon oncle lui prit la main et insista pour qu’elle nous tînt compagnie. Il y avait quelque chose de très-touchant dans les rapports affectueux qui existaient entre mon oncle Ro et sa mère. Vieux garçon tandis qu’elle était veuve, ils étaient particulièrement attachés l’un à l’autre ; et souvent je l’ai vu, quand nous étions seuls, aller vers elle, la frapper légèrement sur les joues, et l’embrasser comme il eût fait à une sœur chérie. À son tour, j’ai vu ma grand’mère s’approcher de son Roger, embrasser son front chauve d’une manière qui témoignait qu’elle se souvenait avec charme du temps où elle le portait enfant dans ses bras. En cette occasion, elle céda à sa demande, reprit son siège, imitée par les demoiselles. La conversation alors reprit naturellement sur l’état de la contrée.

— Je suis grandement étonnée, dit ma grand’mère, que les hommes en place parmi nous aient borné leurs remarques et leurs mesures aux faits qui concernent les domaines des Rensselaer et des Livingston, quand les mêmes difficultés existent parmi tant d’autres.

— L’explication en est très-simple, ma bonne mère, dit mon oncle Ro. Les domaines des Rensselaer ont les redevances de vo-