Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/239

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dent pour nous que le nègre était vivement contrarié de cette visite extraordinaire, mais aucun des hommes rouges n’y prit garde. Sus, qui était près de lui, devait entendre ses murmures ; cela ne lui fit pas détourner un seul instant ses regards de dessus ses hôtes. D’un autre côté, les chefs paraissaient ne pas s’apercevoir de la présence du nègre, quoiqu’il en fût tout autrement, ainsi que nous le vîmes depuis. En un mot, l’Intègre Onondago était le centre d’attraction, toute autre chose étant mise en oubli.

Enfin, il se fit un léger mouvement parmi les faces rouges, et un autre orateur se leva. Cet homme était certainement le moins bien tourné de la troupe. Sa stature était au-dessous de celle des autres chefs, ses formes maigres et sans grâce ; et son extérieur manquait de cette noblesse qui était si remarquable parmi tous ses compagnons. Comme je l’appris depuis, le nom de cet Indien était Vol-d’Aigle, à cause du caractère élevé de son éloquence. Un tel homme ne pouvait se lever pour parler, sans causer une certaine sensation parmi ses impatients auditeurs. Quelque soin que prennent les hommes rouges de ne pas trahir leurs émotions, nous pouvions découvrir quelques mouvements à peine réprimés, lorsque Vol-d’Aigle se tenait debout, prêt à parler. L’orateur commença sur un ton grave et solennel, changeant ensuite ses inflexions qui passaient alternativement de la douceur à l’éclat, du grave au pathétique. Il me semblait en écoutant que jamais la voix humaine ne posséda autant de pouvoir de persuasion.

— Le Grand Esprit, dit-il, forme les hommes différemment. Quelques-uns sont comme les roseaux, qui plient devant la brise, et sont emportés par l’orage. Quelques-uns sont des pins, avec un tronc frêle, des branches clair-semées et un bois tendre. De temps en temps il y a parmi eux un chêne qui étend ses branches à une grande distance, et donne une ombre agréable. Son bois est dur et il résiste longtemps. Pourquoi le Grand Esprit fait-il cette différence dans les arbres ? Pourquoi le Grand Esprit fait-il cette différence parmi les hommes ? Il la fait, quoique nous ne le sachions pas. Ce qu’il fait est bien.

— J’ai entendu des orateurs devant la face du conseil se plaindre que les choses soient comme elles sont. Ils disent que la terre, les rivières et les terres de chasse appartiennent à l’homme rouge seulement, et qu’aucune autre couleur ne devrait s’y rencontrer. Le