Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/258

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mais il ne chercha pas à savoir ce que c’était. M’accompagnant sans bruit vers la maison, il me désigna l’endroit où Mille-Langues ronflait bien étendu sur une botte de paille.

Au premier contact de main, l’interprète fut debout. Il me reconnut aussitôt malgré l’obscurité de la chambre, et me touchant le bras pour me faire signe de le suivre, il me conduisit en plein air. Après s’être avancé assez loin pour ne pas être entendu, il s’arrêta et prit la parole comme un homme accoutumé à de pareilles interruptions.

— Y a-t-il quelque mouvement cette nuit, demanda cet homme des frontières, avec le calme de quelqu’un qui est toujours prêt. Faut-il appeler mes Peaux-Rouges, ou n’est-ce qu’un avertissement à donner ?

— Vous allez en juger par vous-même. Vous connaissez sans doute l’état agité de ce pays, et les troubles qui existent au sujet des rentes pour les fermes. Ce que vous avez vu aujourd’hui est un échantillon des scènes qui, tous les jours, se passent parmi nous.

— Colonel, me dit-il en me donnant le titre le plus honorable des frontières, je ne puis dire que je comprenne exactement l’état des choses. Il me semble que ce n’est ni la guerre ni la paix, ni le tomahawk, ni la loi. Je comprends bien l’une ou l’autre de ces choses, mais ce qui est à moitié l’une à moitié l’autre m’embarrasse. Vous devriez avoir une loi ou n’en pas avoir ; mais ce que vous avez, vous devriez y tenir.

— Vous voulez dire que vous ne trouvez cette partie du pays ni civilisée ni sauvage. On ne se soumet pas aux lois, mais on ne peut en appeler à la force naturelle.

— Quelque chose comme ça. L’agent me dit, lorsque je partais avec ma troupe de Peaux-Rouges, que nous allions dans un pays où il y avait des juges de paix, et qu’aucun homme, rouge ou pâle, ne devait se faire justice lui-même. Aussi nous avons tous essayé de nous conformer à cette règle ; et je puis certifier que pas une, créature n’a été tuée ou scalpée, depuis que nous avons traversé le Mississipi. Cette loi est même assez nécessaire parmi nous ; car nous venons de tribus différentes et hostiles, et rien ne serait plus facile que d’éveiller une querelle parmi nous, si la troupe y était disposée. Mais, je dois le dire, non-seulement j’ai été bien contrarié moi-même ; la plupart des chefs l’ont été également.

— Et en quoi particulièrement avez-vous été contrarié ?