Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/276

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d’environ cinquante, ne se doutant pas de l’approche du danger, criaient, gesticulaient, dansaient et se réjouissaient des progrès de l’incendie, sans pourtant s’approcher assez pour paraître y avoir eu aucune part. Il semblait que leur présence et leurs gestes dussent être pour nous autant d’avertissements menaçants destinés à nous faire connaître la part qu’ils avaient prise à tous les dégâts de la nuit, et à nous effrayer pour l’avenir.

Mille-Langues qui avait de certaines notions de légalité, n’accompagna pas les frères rouges, mais vint nous rejoindre, mon oncle et moi, sur le revers de la colline, d’où nous suivions tous les mouvements de la Prairie. J’exprimai ma surprise de le voir en cet endroit, et je lui demandai si sa présence n’était pas nécessaire auprès des chefs.

— Pas du tout, colonel, pas du tout, répondit-il avec calme. Les sauvages n’ont guère besoin d’un interprète pour une affaire de cette nature ; et s’il arrive de cette rencontre quelque chose de fâcheux, il vaut peut-être mieux que les deux partis ne se comprennent pas, car on pourra tout attribuer à un malentendu. J’espère qu’ils ne chercheront pas à enlever des chevelures, car j’ai dit à Cœur-de Pierre, en le quittant, que dans cette partie du monde, les gens n’avaient pas de goût pour le scalp.

Voilà tout ce que nous dit pour nous rassurer l’interprète, qui paraissait croire que les choses alors étaient en bon train, et que toute difficulté serait résolue secundum artem. Les Indgiens cependant prirent la chose autrement, se souciant fort peu d’une rencontre sérieuse, surtout avec un ennemi de la trempe des Peaux-Rouges. Je ne saurais dire comment ils s’aperçurent de la présence de ces redoutables adversaires, malgré toutes les précautions de ceux-ci ; mais l’alarme fut donnée, et ils firent une retraite aussi prompte que le jour précédent.

Tels étaient ces hommes dans toutes les occasions où ils se sont trouvés en face de corps armés fiers et brutaux lorsque des individus isolés tombaient en leur pouvoir, lâches et soumis lorsqu’ils rencontraient une force armée, quelque petite qu’elle fût. Leur conduite démontre combien il eût été facile d’empêcher leurs déprédations dès les premiers temps, par un emploi judicieux du pouvoir de l’État, et combien sont coupables ceux qui ont négligé de remplir à cet égard leurs devoirs de gouvernants.

Aussitôt que Cœur-de-Pierre et ses compagnons s’aperçurent