Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/277

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que les bandits déguisés s’étaient enfuis, et que la matinée se passerait sans escarmouche, ils poussèrent des cris et des hurlements tels que n’en avaient pas entendu ces prairies depuis quatre-vingts ans. L’effet de ces clameurs fut de précipiter la retraite, dont nous pouvions distinguer les effets désordonnés de l’endroit où nous nous tenions sur la colline ; mais les guerriers des prairies étaient trop adroits pour s’exposer aux atteintes d’une balle ennemie en se plaçant dans la lumière de l’incendie. Convaincus d’ailleurs qu’il n’y avait rien à faire, et dédaignant de vaines parades lorsqu’il n’y avait aucun coup à donner ou à recevoir, ils se retirèrent lentement, et regagnèrent la colline par des chemins détournés.

Cette démonstration militaire de la part de nos frères rouges ne fut pas sans utilité. Elle prouva aux Indgiens que nous étions sur nos gardes, tout prêts à les recevoir. En outre, elle devait empêcher toute autre tentative durant cette nuit, et convaincre chacun de nous qu’il n’y avait à redouter aucun danger immédiat. Cette conviction était également partagée par les dames, et après une courte entrevue avec ma grand’mère, elle consentit à se retirer, et chacun se disposa à regagner son lit. Toutefois, nous jugeâmes à propos d’établir une sentinelle et Mille-Langues se chargea de surveiller, quoiqu’il ne crût pas à la probabilité d’aucune autre tentative pour cette nuit.

— Quant aux Peaux-Rouges, dit-il, dans cette saison de l’année ils dormiraient aussi bien sous les arbres que sous un toit ; et pour s’éveiller au premier bruit, les chats ne leur sont comparables. Non, non, colonel, rapportez-vous-en à moi, et je vous ferai traverser la nuit aussi paisiblement que si nous étions sur les prairies, et vivant sous la protection de la loi des prairies.

Aussi tranquillement que si nous étions sur les prairies ! Voilà où nous en étions arrivés à New-York, qu’après un premier incendie un citoyen pouvait espérer de passer le reste de la nuit aussi tranquillement que s’il était sur les prairies ! Et à cinquante milles de là se trouvait, à Albany, cette lourde, inutile et vaine machine appelée gouvernement, qui restait aussi tranquille, aussi satisfaite, aussi glorieuse que si nos contrées agitées étaient autant de jardins d’Éden avant le péché et la chute ! Si ce gouvernement s’occupait de quelque chose, c’était probablement de calculer le minimum que devait payer le tenancier pour la terre du propriétaire, lorsque ce dernier serait suffisamment fatigué des