Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/307

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— Qui est-ce qui est à bas, John ? Parlez, mon garçon, je puis tout entendre.

— Le dais, Monsieur, ce superbe baldaquin qui couvrait le banc et le faisait paraître aussi beau que le siège du lord-maire à Guildhall. J’ai admiré et honoré ce baldaquin, Monsieur, comme la chose la plus élégante du pays.

— Ainsi ils l’ont enfin détruit ! Encouragés et soutenus par le sentiment public exprimé dans un meeting qui avait un président et un secrétaire, ils l’ont enfin enlevé !

— Oui, Monsieur, et ils ont fait de belle besogne ! Il est là le dais, chez Miller, placé sur le toit de la cabane des porcs !

Ce n’était pas une fin très-héroïque de la carrière du malheureux dais ; mais je ne pus m’empêcher d’en rire de bon cœur. John fut un peu offensé de cette légèreté, et il me laissa seul achever ma toilette. Je suppose que bien des gens de Ravensnest auraient été aussi surpris que John lui-même de l’indifférence qui se manifestait sur le destin de cet ornement aristocratique. Mais assurément, en ce qui concernait mon élévation sociale ou mon humiliation, je m’en souciais peu. Cela me laissait juste où j’étais, sans en être ni plus grand ni plus petit ; et quant aux monuments qui devaient rappeler au monde ce qu’avaient été mes ancêtres, il y en avait assez dans le pays lui-même, ou au moins dans la partie que nous habitions. Son histoire devait être oubliée ou altérée, avant que notre position pût être méconnue ; quoique je pense bien que le temps viendra où quelque ami raffiné de l’égalité désirera éteindre toutes les lumières du passé, afin qu’il ne puisse plus exister ces traditions gênantes qui rendent illustre le nom d’un homme, tandis que celui d’un autre ne l’est pas. L’orgueil de famille est avec raison considéré comme le plus insupportable de tous, puisqu’un homme peut s’en applaudir sans qu’il ait le moindre droit à une distinction dans son mérite personnel, tandis que ceux qui ont le mérite personnel le plus élevé sont privés d’un avantage que des ancêtres seuls peuvent créer. Il est vrai que les institutions, et dans leur lettre et dans leur esprit, cherchent à effacer autant que possible toutes ces distinctions ; mais elles en conservent encore l’agent le plus puissant, en déclarant dans la loi que l’enfant héritera de la propriété de son père. Quand les choses se feront-elles avec logique dans ce pays progressif, Dieu seul le sait ; mais je trouve que mes tenanciers font