Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/326

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toutes choses il conserve son calme et sa dignité, soit que ce soit un effet de sa froideur, ou un résultat de son éducation.

L’action de fumer devint alors générale, mais seulement en manière de cérémonie, Jaaf seul s’attachant à finir régulièrement sa pipe. Son opinion sur la supériorité de sa race comparée à celle des hommes rouges était aussi opiniâtre que la conscience de son infériorité vis-à-vis des blancs, et il suffisait que la coutume d’épargner ainsi le tabac fût une mode indienne, pour qu’il ne l’adoptât pas. Les pipes furent bientôt déposées, et il se fit une pause silencieuse. Alors Feu-de-ta-Prairie se leva et parla ainsi :

— Père, nous allons vous quitter. Nos squaws et nos papooses dans les prairies désirent nous revoir ; il est temps que nous partions. Leurs yeux se portent vers le grand lac salé pour nous voir ; nos yeux se portent vers les grands lacs d’eau douce pour les voir. Là le soleil se couche, ici il se lève ; la distance est grande, et bien des tribus de faces pâles demeurent le long du sentier. Notre voyage a été une promenade de paix. Nous n’avons pas chassé ; nous n’avons pas pris de scalps ; mais nous avons vu notre grand-père, oncle Sam, et nous avons vu notre grand-père Susquesus ; nous retournerons satisfaits vers le soleil couchant. Père, nos traditions sont vraies elles ne mentent jamais. Une tradition menteuse est pire qu’un Indien menteur. Ce que dit un Indien menteur trompe ses amis, sa femme, ses enfants ; ce que dit une tradition menteuse trompe une tribu. Nos traditions sont vraies elles parlent de l’intègre Onondago. Toutes les tribus dans les prairies ont entendu cette tradition, et elles sont satisfaites. Il est bon d’entendre parler de justice ; il est mauvais d’entendre parler d’injustice. Sans la justice, l’Indien ne vaut pas mieux qu’un loup. Non ; il n’y a pas une langue parlée dans les prairies qui ne raconte cette bonne tradition. Nous ne pouvions pas passer près du wigwam de notre père sans nous tourner de côté pour le voir. Nos squaws et nos papooses désirent nous voir, mais ils nous eussent dit de revenir sur nos pas, et de nous tourner pour voir notre père, si nous avions oublié de le faire. — Pourquoi mon père a-t-il vu tant d’hivers ? C’est la volonté du Manitou. Le Grand Esprit veut le garder ici plus longtemps. Il est comme ces pierres entassées pour dire aux chasseurs où se trouvent les sentiers agréables. Tous les hommes rouges qui le voient pensent au bien. Non ; le Grand Esprit ne peut pas encore retirer mon père du